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Acquisitions Soulages 2011

Acquisitions Soulages 2011

Dossier de presse complet          Interview Pierre Soulages   

Acquisition de trois œuvres de Pierre Soulages

L’acquisition des trois œuvres a été rendue possible grâce à la mobilisation exceptionnelle de la Ville de Lyon, du Club du musée Saint-Pierre, du Fonds Régional d’Acquisition des Musées, du Cercle Poussin.
Lyon, le 23 novembre 2011


Participations financières pour l’acquisition des trois œuvres de Pierre Soulages
Club des mécènes du musée Saint-Pierre 870 000 €
Cercle Poussin 130 000 €
Ville de Lyon 300 000 €
FRAM (Ministère de la Culture et de la Communication – Drac Rhône-Alpes et Région Rhône-Alpes) 200 000 €
Les collections du musée des Beaux-Arts de Lyon s’enrichissent de trois œuvres de Pierre Soulages grâce à une mobilisation exceptionnelle du Club du musée Saint-Pierre, de la Ville de Lyon, du Fonds Régional d’Acquisition des Musées - Région Rhône-Alpes et Direction Régionale des Affaires Culturelles - et du Cercle Poussin.

Les œuvres, Brou de noix sur papier 60,5 x 65,5 cm, 1947, Peinture 202 x 143 cm, 22 novembre 1967 et Peinture 181 x 244 cm, 25 février 2009, triptyque, acquises pour un montant total de 1,5 millions d’euros rejoindront les collections du musée au début du mois de mars 2012, à l’occasion du nouvel accrochage des collections d’art moderne, renforçant ainsi la collection de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle. En octobre 2012, le musée consacrera une importante exposition à l’artiste en partenariat avec la Villa Médicis.


Communiqué de Gérard COLLOMB Sénateur-Maire de Lyon Président du Grand Lyon

Pierre Soulages éclaire notre monde de ses créations comme peu d’artistes l’ont fait avec la même intensité. Peintre de l’«Outrenoir », il a produit des œuvres dans lesquelles « la lumière atteint sa plénitude » pour reprendre les mots de Georges Duby.
Peintre de l’abstraction, il a toujours conçu son art comme « un lieu où viennent se faire t se défaire les sens ». Avec un éclat d’une rare beauté, tout le travail de Pierre Soulages est porté par sa conception de l’œuvre comprise comme une relation entre la peinture, celui qui l’a réalisée et celui qui la regarde.

Comme toutes ses créations, chacun des trois tableaux que nous venons d’acquérir est une invitation à cette expérience poétique. Leur entrée au musée des Beaux-Arts de Lyon est un événement majeur dans la vie culturelle de notre métropole. En représentant trois périodes du travail de Pierre Soulages sur plus d’un demi-siècle, ces trois œuvres viennent enrichir de manière significative la collection d’art abstrait du musée Saint-Pierre. Cette acquisition n’aurait pas été possible sans le remarquable travail de Sylvie Ramond, qui a su conforter la place de cette institution au premier plan de la scène culturelle européenne. J’adresse également mes plus vifs remerciements à l’ensemble des mécènes du Club du musée Saint-Pierre et du Cercle Poussin. Après La Fuite en Égypte de Nicolas Poussin, il y a trois ans, cette acquisition menée avec l’important concours de nos partenaires privés témoigne combien dynamisme économique et vitalité culturelle se nourrissent l’un de l’autre.

Le rayonnement des arts a toujours été une composante essentielle de la civilisation urbaine. Je suis fier que Lyon permette désormais au plus grand nombre l’accès à ces œuvres de Pierre Soulages. C’est aussi le sens de l’exposition que le musée des Beaux-Arts lui consacrera en partenariat avec la Villa Médicis à l’automne 2012. En offrant au public de redécouvrir ce grand peintre de notre temps, nous faisons nôtre sa volonté : « ouvrir les yeux sur l’art, quelle que soit sa forme ».


Pierre Soulages, Brou de noix sur papier 60,5 x 65,5 cm, 1947 © Adagp 2011. Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset

Les premières œuvres de Pierre Soulages, réalisées entre 1947 et 1949, sont exécutées au brou de noix sur papier. Cette matière inhabituelle, traditionnellement utilisée par les artisans plutôt que par les peintres, est déjà le signe d’une mise en cause des procédés traditionnels de la peinture. La forme remplit l’espace « en se livrant d’un seul coup de manière abrupte » ; monolithique et indivisible, elle est non-descriptive. La couleur sombre, le contraste évident entre les traces et le fond donnent le sentiment d’une peinture qui, déjà, s’impose sans compromis et fait preuve d’une grande autorité plastique.

Aujourd’hui presque toutes les peintures sur papier de cette époque réalisées au brou de noix sont conservées dans la collection personnelle de l’artiste qui les considère comme véritablement fondatrices de son œuvre et refuse de s’en séparer.

Pierre Soulages, Peinture 202 x 143 cm, 22 novembre 1967, huile sur toile © Adagp 2011. Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset

Cette toile est une des plus abouties que Pierre Soulages ait jamais peintes, un vaste champ coloré où domine le noir. La matière qui recouvre la toile, possède des qualités de transparence car, à l’approche de la trouée blanche qui interrompt en bas à gauche le large plan noir, la couche de peinture devient fluide, translucide et laisse transparaitre la lumière du fond préalablement recouvert de marron.

Cette couleur brune a été répandue au préalable à la surface de la toile à l’aide d’un outil nouveau, une gouttière, qui apporte à l’artiste en même temps une surface et une forme sur lesquelles il peut ensuite travailler.

Au cours des années 1960, l’œuvre de Soulages a tendu vers une plus grande spatialité qui, dès lors, ne fera que s’amplifier. Le coup de brosse inscrit un plan et non plus un signe. La peinture se fait plus monumentale.

Pierre Soulages, Peinture 181 x 244 cm, 25 février 2009, triptyque © Adagp 2011. Image © Lyon MBA - Photo Stéphane Degroisse

Le format adopté ici par l’artiste résulte de trois éléments juxtaposés, trois châssis indépendants qui offrent à la fois des registres de lectures séparées et une vision globale. Soulages a développé ce type de composition à plusieurs éléments à partir de 1984. Cette peinture est caractéristique d’une nouvelle manière de peindre que l’artiste a qualifiée tout d’abord de « noir lumière » puis d’ « outrenoir », un « outrenoir » défini par Soulages comme « au-delà du noir une lumière reflétée, transmutée par le noir ».

À partir de 1979, Soulages prend conscience que c’est la texture de la surface, striée ou lisse, qui change la lumière et fait naître des valeurs différentes de mat et de brillant, des noirs gris ou des noirs profonds. Désormais, l’artiste n’est plus guidé par la matière physique de la surface de la toile ni par sa couleur mais par la lumière qui naît au cours de son travail. La toile, entièrement recouverte d’un noir unique, échappe au monochrome : l’outrenoir n’est jamais tout à fait le même selon la position du spectateur et le moment où il regarde la peinture.


Pierre Soulages au musée des Beaux-Arts de Lyon

Ce projet d’acquisition vise à enrichir la collection et à clarifier son organisation ; Le parcours, dans la collection, est scandé par quelques chefs-d’œuvre ou par quelques groupes d’œuvres qui forment la part la plus éminente, la plus structurante, du musée. Ainsi, pour ne parler que de la peinture, l’ensemble de Vénitiens, autour de Véronèse, le Saint François de Francisco de Zurbaran, puis La Fuite en Égypte de Nicolas Poussin, dont l’acquisition historique en 2008 a permis de combler un grand manque dans la collection. Puis Théodore Géricault, avec une exceptionnelle toile de la série des Monomanes, un Eugène Delacroix historique et grâce à la donation de Jacqueline Delubac un ensemble de premier plan d’œuvres impressionnistes.

Paul Gauguin, entré très tôt dans la collection, est le point de bascule entre le XIXe et le XXe siècle. La section du XXe siècle est rythmée, pour la première moitié du siècle, par deux tableaux de Georges Braque, l’un datant de la période cubiste, l’autre appartenant à la série des ateliers, et une exceptionnelle Baigneuse de Pablo Picasso, contemporaine de Guernica. Il s’agit désormais de scander la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe siècle, jusqu’à présent dominée par deux grands tableaux de Francis Bacon. Un grand musée comme celui de Lyon se doit de renforcer cette période qui désormais appartient à l’histoire de l’art, mais continue à nourrir notre imaginaire artistique contemporain.

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