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Wladislaw Strzeminski

Pour aller plus loin

Pour approfondir la notion de témoignage :

- Des extraits de textes ci-dessous : Albert Camus, Primo Lévi.

- Voir l'œuvre et la biographie de Fautrier pour découvrir une autre façon de témoigner.

- Un témoignage sonore (ci-dessous) en 1945 : découverte du camp de concentration de Dachau.

Pour aller plus loin

Pour approfondir la notion de témoignage :

- Des extraits de textes ci-dessous : Albert Camus, Primo Lévi

- Voir l'œuvre et la biographie de Fautrier pour découvrir une autre façon de témoigner

- Un témoignage sonore d'un soldat américain à l'entré dans le camp de concentration de Dachau


Extrait de Albert Camus, Combat, 8 août 1945.

Albert Camus, écrivain et éditorialiste pour Combat , journal de la Résistance né dans la clandestinité dès l'été 1940, réagit à l'annonce du bombardement à l'arme atomique de Hiroshima par les États-Unis, le 6 août 1945.

« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer la découverte qui se met au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impénitent, ne songera à s'en étonner.

Ces découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu'elles sont, annoncées au monde pour que l'homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable. Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est posée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance […].

Qu'on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale, où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seule effet de l'intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État. Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »

Extrait de Primo Lévi, Si c'est un homme, Paris, Éditions Julliard, 1987, p40-42

Primo Levi, écrivain italien, qui de son épreuve des camps de la mort, écrira son premier livre Si c'est un homme (1947).

-   Tu es juif ?

-   Oui, juif polonais.

-   Depuis combien de temps es-tu au Lager (camp) ?

-   Trois ans.

Et il lève trois doigts. Je me dis avec horreur qu'il a dû entrer encore enfant ; par ailleurs, c'est signe qu'il y a quand même des gens qui réussissent à vivre ici.

-   Quel est ton travail ?

-   Schlosser, répond-il.

Je ne comprends pas.

-   Eisen, Feuer (fer, feu), insiste-t-il.

Et avec les mains il fait le geste de frapper sur une enclume avec un marteau. Il est forgeron.

-   Ich Chemiker (Moi chimiste), dis-je.

Il acquiesce gravement d'un signe de tête :

-   Chemiker, gut.

Mais tout cela concerne un avenir lointain : ce qui me tourmente pour le moment, c'est la soif.

-   Boire, eau. Nous pas d'eau, lui dis-je.

Il me regarde d'un air grave, presque sévère, et prononce en scandant chacune de ses paroles :

-   Ne bois pas d'eau, camarade.

Et il ajoute quelque chose d'autre que je ne comprends pas.

-   Warum (pourquoi ?) ?

-   Geschwollen, répond-il télégraphiquement.

Je secoue la tête, je n'ai pas compris.

-   Gonflé, parvient-il à me faire comprendre en esquissant avec ses mains un visage et un ventre monstrueusement gros.

-   Warten bis heute abend.

Je traduis mot à mot : « attendre jusqu'à ce soir ». Puis il me dit :

-   Ich Schlome. Du (Moi Schlome. Et toi ?)

-   Je lui dis mon nom et il me demande :

-   Où ta mère ?

-   En Italie.

Schlome est tout étonné :

-   Juive en Italie ?

-   Oui.

Et je cherche à lui expliquer de mon mieux :

-   Cachée, personne sait, se sauver, ne pas parler, ne voir personne.

Il a compris ; il se lève, s'approche de moi et, timidement, me serre dans ses bras. L'aventure est terminée, et je me sens plein d'une tristesse sereine qui est presque de la joie. Je n'ai jamais plus revu Schlome, mais je n'ai pas oublié son visage d'enfant, grave et doux, qui m'a accueilli sur le seuil de la maison des morts.