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Armand Avril
Armand Avril
20 juin-29 septembre
Collections du XXe siècle - Salle 200
Tous les jours, sauf mardi et jours fériés, de 10h à 13h et de 14h15 à 18h.
Vendredi de 10h30 à 13h et de 14h15 à 18h.
Cliquez sur la vidéo ci-dessous pour suivre Armand Avril dans le musée (2'51).
Armand Avril est né en 1926 à Lyon. Il doit beaucoup à son père, Marcel Avril, peintre du groupe Témoignage et précoce collectionneur d'art africain. Berger en Provence, puis manoeuvre à Villeurbanne après la guerre, Avril dit qu'il gardait cependant l'esprit disponible pour penser à la peinture. Visiteur assidu du musée Saint-Pierre, l'autodidacte peint alors des huiles sur papier. Encouragé par le peintre Pierre Pelloux rencontré en 1956, il commence à exposer l'année suivante à Lyon au Salon du Sud-Est des peintures colorées sous l'influence de Dufy, Bonnard et Matisse et à la manière de Fusaro et Cottavoz.
Un voyage d'un an en Afrique en 1960, la rencontre de Louis Pons, dessinateur et assembleur d'objets, la découverte du village de Cotignac (Var) où il choisira ensuite de vivre, modifient progressivement son orientation artistique. Enthousiasmé par l'oeuvre de Gaston Chaissac qu'il découvre à Nantes, il convainc le critique René Deroudille et la conservatrice Madeleine Rocher-Jauneau d'organiser en 1968 une exposition de l'artiste au musée des Beaux-Arts de Lyon. En 1973, son Hommage à Chaissac initie une série d'hommages facétieux aux artistes admirés : Malevitch, Matisse, Man Ray, Picasso, Herbin
et au cubisme, dans une suite de Têtes, pleines de fraîcheur et de fantaisie.
Les premiers montages d'Armand Avril constitués de bouchons de liège taillés, disposés dans des casiers d'imprimerie sont révélés lors de sa première exposition personnelle à la galerie lyonnaise Le Lutrin en 1970. Puis les assemblages se diversifient : à travers des matériaux de récupération bricolés, parfois peints puis collés sur des panneaux de bois, s'exprime un univers poétique débordant d'humour et de vitalité.
Avril entame cette même année la série des Mer à Cassis, grands formats inspirés par les calanques méditerranéennes et le poème Reflets du peintre Wols. L'artiste joue avec des effets d'accumulation ; les compositions étagées, telles des objets totémiques, évoquent parfois les rites de magie de cultures lointaines. Le thème de la mort apparaît aussi, mêlé à celui du sacré, dans des sortes de reliquaires d'un art populaire sans âge.
En 1985, une exposition organisée par Alphonse Chave dans sa galerie de Vence, inscrit la démarche d'Avril dans le sillage de Dubuffet et de l'art brut.
En 2002, son ami Pierre Robin, ancien galeriste d'art primitif à Paris, lui propose des sculptures Bozo, peuple pêcheur installé sur une partie des rives du Niger au Mali ; il accumule les marionnettes colorées de cette ethnie dont la veine poétique dialogue avec ses propres créations.
Avril poursuit une œuvre prolifique et singulière loin des contingences des modes, dans sa maison-atelier, magnifique bric-à-brac où le moindre espace saturé d'objets révèle l'univers intérieur de ce magicien inclassable.
Il existe un mystère Avril.
par François Boulay
Il existe un mystère Avril.
L'approcher est l'entreprise la plus aisée du monde. Le saisir, le toucher même, relève de la chimère. Est-il possible, avec cet extra-terrestre ensorceleur et protéiforme, de s'en tenir aux émotions simples, aux plaisirs orgasmiques, aux dégustations gourmandes et éphémères ? Oui, si l'on en croit certains. Très bien, dormez en paix. Mais les autres, tous les autres ?
Les autres auront parfois l'impression, derrière lui, de piétiner comme des piafs derrière un pur-sang, un cheval au galop, et d'en être réduits à se contenter des restes de son festin intérieur.
Est-il conscient, ou inquiet, des questions que son œuvre pose ? Je ne le pense pas. Avril taille sa route, avance, à la machette, au couteau de chasse, au couteau à découper, au couteau à viande, à la scie, au rasoir, au surin, à la serpe, à la faux, au sabre, avec les ongles, avec les dents
Avec ses immenses capacités digestives, génératives, créatrices.
Dévotion excessive ? Délire mystique du copain chroniqueur ?
Juste un rappel, pour mémoire, de quelques réflexions formulées par celui qui a su, au plus proche, trouver les mots justes.
« Quelque chose est gardé là qui trouble comme un fragment d'éternité. »
« Un enfant fou, ou un vieux sorcier, qui a trouvé des fragments de miroir des boîtes des clous de forge pour en faire des fétiches, des reliquaires des appâts de concorde avec les dieux. »
« Clown par décision, par dérision, par angoisse. »
« Il donne aux dieux, à la dérision de Dieu, à ses frères humains, à la pagaille du monde, ce qu'il cloue, encolle et fixe selon l'ordre des mains, la merveilleuse folie artisanale des mains ».
Ce diable d'homme serait-il de ceux que Pierre Vidal-Naquet a appelés, faute de mieux, les « guerriers fous », médiateurs indispensables, de par leurs rites et leur violence, à notre accession au statut de civilisés ?
Avril entre donc au musée.
On peut lui faire confiance, il s'en tirera très bien.
Observez bien la Première Communiante et ses lèvres offertes de René de Saint-Marceau, elle n'est déjà plus la même. Et l'Odalisque de Pradier ? La Danseuse folle de Wouters ? Même les chastes tendrons du Poème de l'Âme manifestent un curieux empressement. Et le Cranach !
Azouz, ne me dis pas que, cette nuit, tu es allé lutiner la Dame de qualité de Cranach ! Pas elle ! Tu n'aurais pas eu ce culot ?...
Pas de réponse.
Je vous aurai prévenus.
François Boulay