La Vague
« Courbet a tout simplement peint une vague, une vraie vague déferlant
sur le rivage ». Ce commentaire d’Émile Zola en 1870 traduit la volonté
du peintre de saisir dans cette vue d’une mer en furie la réalité de la
nature dans toute sa puissance et sa force.
Par sa simplicité,
le motif retenu se distingue des représentations traditionnelles de
marine ou de bord de mer, plus pittoresques. Aucune présence humaine
n’anime cette composition, ni même aucun détail du rivage : le cadrage
est audacieusement resserré sur la vague seule, menaçante. La matière
picturale épaisse est posée avec vigueur à la brosse ainsi que, par
endroits, au couteau. L’artiste donne ainsi à sentir le mouvement et
l’énergie de la vague. La ligne d’horizon ne relie pas, mais oppose le
haut et le bas, la mer et le ciel. La palette de couleurs explore un
large spectre de teintes de vert, tandis que le ciel est composé de tons
sourds.
Cette œuvre s’inscrit dans une série de vagues peintes
en 1869 par Courbet. L’artiste loue pour l’été une maison à Étretat, sur
la côte normande, où il débute certaines de ces compositions sur le
motif. Il les retravaille ensuite de mémoire dans son atelier à Paris et
les enrichit alors de son univers propre : par analogie avec les
falaises de son Doubs natal, la vague devient presque minérale et se
dresse comme une crête rocheuse.