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Vers 1620
Huile sur toile
H. 202 ; L. 241 cm
Acquis en 1843
Inv. H 679
 
XVIIe siècle
Jacob Jordaens
[Anvers, 1593 - Anvers, 1678]
Mercure et Argus

Anxieux, les muscles tendus par l'attente, un jeune garçon a les yeux rivés sur un vieil homme qui semble assoupi, appuyé sur son bâton. Derrière eux, quatre vaches paissent ou nous regardent. Ovide relate dans les Métamorphoses (I, 568-747) l'histoire de la jeune nymphe Io aimée par Jupiter. Celui-ci la protégea de la jalousie de Junon en la transformant en génisse blanche. Mercure déguisé en jeune berger a réussi à endormir son gardien nommé Argus. Au moment où ce dernier s'assoupit, Mercure saisit son glaive recourbé pour lui trancher la tête. Les procédés plastiques renforcent la tension dramatique : cadrage serré, composition formée de diagonales, couleurs vives et chaudes (rouge vermillon, bleu lapis, vert sombre), modelé des corps par une lumière crépusculaire. Dans ce tableau daté du début des années 1620, Jordaens se situe dans le courant du caravagisme qui marque alors profondément l'art européen. Il choisit de transposer le récit mythologique en une scène champêtre, traitée avec un réalisme appuyé. Le dieu Mercure n'est pas doté d'ailes aux pieds et son pétase n'est qu'un humble chapeau de paille, tandis qu'Argus n'a pas " la tête ceinte de cent yeux ", comme le décrit Ovide mais un vieillard las, le corps dénudé montrant crûment les stigmates de son âge. N'est-ce pas l'instant qui précède le crime d'un vieillard sans force que Jordaens représente ici avant tout ? Le mythe n'est plus qu'un prétexte pour une représentation vivante, aux accents réalistes.