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Acquisition Fragonard

Acquisition Fragonard

Dossier de presse  Voir le reportage de France 3                                                                                    6 septembre 2013

Nouvelles acquisitions : deux tableaux de Fragonard

Le musée des Beaux-Arts de Lyon acquiert, grâce à la générosité des entreprises membres du Club du musée Saint-Pierre, deux tableaux de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) classés œuvres d'intérêt patrimonial majeur.
April, Aquasourca, Axa, bioMérieux, la Caisse d’épargne Rhône-Alpes, la Cic Lyonnaise de banque, le Crédit agricole Centre-est, Descours et Cabaud, Dixence, Financière Norbert Dentressangle, Gl-events, Kbl Richelieu Rhône-Alpes, Kpmg, Mazars, Seb, Toupargel.
 

Classés œuvres d’intérêt patrimonial majeur, L’Abreuvoir et Le Rocher, peints vers 1765 et 1780 par Jean-Honoré Fragonard, rejoignent les collections du musée des Beaux-Arts de Lyon grâce à la générosité des entreprises membres du Club du musée Saint-Pierre.

Cette acquisition s’inscrit dans la continuité d’une politique active d’enrichissement des collections rendues possible à la faveur de l’engagement des partenaires publics et privés.

En 2008, la Fuite en Égypte de Nicolas Poussin avait ainsi rejoint les cimaises du musée. En 2012, trois œuvres de Pierre Soulages venaient renforcer la collection de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle. L’acquisition de l’œuvre de Jean Auguste Dominique Ingres, L’Arétin et l’envoyé de Charles Quint témoignait une nouvelle fois, en ce début d’année 2013, de l’engagement du Club du musée Saint- Pierre, du Cercle Poussin, des collectivités publiques et des particuliers aux côtés du musée.

Les deux tableaux de Jean-Honoré Fragonard, L’Abreuvoir et Le Rocher, inspirés du Siècle d’or néerlandais, sont désormais un jalon majeur de la peinture de paysage au musée de Lyon. Ils ont été acquis auprès de la galerie Jean-François Heim, à Paris, pour un montant de 1 550 000 €.


Jean-Honoré Fragonard (Grasse, 1732 - Paris, 1806), peintre de paysages

Quand le jeune Fragonard abandonne son emploi de clerc de notaire pour embrasser le métier de peintre, il s’adresse à François Boucher, qui préfère le recommander à Jean-Siméon Chardin, avant de l’accueillir lui-même dans son atelier.

En 1752, Fragonard obtient le Grand Prix de l’Académie royale avec son Jéroboam sacrifiant aux idoles (Paris, ENSBA), ce qui lui permet de séjourner en tant que pensionnaire de l’Académie de France à Rome de 1756 à 1761. De retour à Paris, il est agréé à l’Académie en 1765 avec une scène historique,  Corésus et Callirhoé (Paris, musée du Louvre).

En dépit du succès critique retentissant rencontré par cette œuvre, Fragonard se détourne aussitôt d’une carrière officielle pour se consacrer essentiellement à la peinture de scènes de genres, de paysages et de « figures de fantaisie » qui attire une clientèle bourgeoise. Au Salon de 1765, Fragonard présente une scène historique, Corésus et Callirhoé (Paris, musée du Louvre), mais aussi L’Absence des pères et mères mise à profit (Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage) et plusieurs paysages.

Dès ses débuts, Fragonard a pris le parti d’aborder tous les genres : le grand genre, certes, que constitue encore à cette époque la peinture d’histoire, mais aussi la scène de genre et le paysage. Les paysages qu’il peint alors lui sont inspirés par son séjour en Italie. Il les réalise in situ ou à son retour à Paris en 1761.


Le Rocher et L’Abreuvoir, des pendants ?

Les deux œuvres ont connu des destinées séparées dans le dernier quart du XVIIIe siècle et ce n’est que dans la seconde moitié du XIXe siècle qu’elles ont appartenu à un même propriétaire, François Hippolyte Walferdin (1795-1880).

Walferdin est le plus illustre des collectionneurs de Fragonard : il a possédé quelques-uns des plus beaux tableaux de cet artiste aujourd’hui conservés au musée du Louvre (portraits autrefois dits de Diderot et de la Guimard, Le Vœu à l’Amour, Mercure et Argus), ainsi que Les Blanchisseuses du musée de Rouen.

À la vente de sa collection en 1880, les deux paysages Le Rocher et L’Abreuvoir échoient à des acquéreurs différents, mais se retrouvent réunis durant presque tout le XXe siècle, au sein d’abord de la collection du peintre Gaston de Lauverjat, qui possédait seize œuvres de Fragonard, puis dans celle d’Arthur Veil-Picard, avant d’être à nouveau vendus séparément en 1987.

Le Rocher et L’Abreuvoir ont été associés l’un à l’autre depuis plus d’un siècle et entretiennent des rapports de proximité troublants. Leurs dimensions assez proches, leur datation jusque-là envisagée, remise en question par les récentes analyses du C2RMF (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France), et leur sujet bucolique incitaient à les considérer comme des pendants.

Dans les deux tableaux, le cœur de la composition réside en une éminence rocheuse servant d’abri à un abreuvoir, auprès duquel les bêtes d’un troupeau ou d’un attelage font halte. L’échelle des figures qui évoluent au sein de cette nature frémissante est également comparable. Surtout, ce sont les principes de composition qui se répondent, le paysage proprement dit se déroulant en-deçà d’une oblique au-dessus de laquelle un ciel peuplé de nuées occupe plus de la moitié de la surface du tableau.

En outre, dans les deux tableaux, les formes mouvantes des nuages trouvent un écho dans les frondaisons qu’elles dominent. D’autres correspondances participent à la construction des deux compositions : dans Le Rocher, la forme et les couleurs de la toiture d’une masure font écho au triangle brun formé par le rocher tandis que, dans L’Abreuvoir, la masse horizontale et miroitante de l’abri rocheux trouve son pendant dans le groupe des bêtes aux pelages et toisons dorés par la lumière.


Deux paysages inspirés du Siècle d’or néerlandais

On s’est longtemps interrogé sur la réalité d’un séjour de Fragonard aux Pays-Bas, jusqu’à l’examen de la vente Gros de 1778, dans laquelle figuraient des dessins qu’il n’avait pu réaliser qu’in situ d’après des œuvres de Rembrandt, van Dyck et Jordaens. L’influence exercée par la peinture du Siècle d’or sur l’art de Fragonard s’exprime avec évidence dès son retour d’Italie en 1761.

À dire vrai, Fragonard n’avait nullement besoin de se rendre aux Pays-Bas pour admirer de la peinture hollandaise du Siècle d’or, tant les collectionneurs de la seconde moitié du XVIIIe siècle se sont passionnés à Paris pour cette peinture, en particulier pour les paysages hollandais.

S’il a pu copier Rubens au palais du Luxembourg, lui-même possédait un paysage de Ruysdael, un « chemin boisé » que lui avait cédé le marchand Le Brun et qui lui servait, selon ce dernier « d’inspiration pour faire ses charmants paysages ». Dans Le Rocher et L’Abreuvoir, des effets lumineux pareils aux « coups de soleil » d’un Ruysdael animent cette peinture atmosphérique, Gault de Saint-Germain, rappelant, en 1819, que « l’effet étincelant d’une lumière vive dans ses compositions était [pour Fragonard] si séduisant qu’il l’appelait le coup de pistolet du clair-obscur ». Le peintre a ainsi mis l’accent sur les figures en mouvement, dont la présence congrue est relevée par des touches colorées dissonantes dans l’harmonie générale, de ténues notes de rouge en particulier dans L’Abreuvoir.


L’art de Fragonard

Dans ces deux toiles, la narration est réduite à son minimum, mais la nature paraît saisie en un instantané d’une grande intensité, les arbres, les nuages, les animaux et les hommes semblant mus par un même mouvement. On a pu parler de « pastiches» à propos de ce type d’œuvres inspirés à Fragonard par une connaissance intime de la peinture nordique, mais la franchise de l’expression, la sensualité et l’allégresse caractérisent non seulement Le Rocher et L’Abreuvoir, mais la production de Fragonard elle-même.

Ces deux tableaux témoignent d’une manière magistrale de l’étendue de la verve picturale de Fragonard. Ainsi, le peintre donne-t-il à sentir l’imperceptible déplacement des nuages à renfort de coups de brosse larges et rapides qui animent une matière extrêmement fluide, tandis qu’il rythme de petites touches compactes le frémissement qui agite les feuillages. Le même type de contrepoint met en balance la matière mousseuse et translucide des prés et les touches grasses et appuyées qui donnent corps aux roches.

En quelques traits, des figures habilement disposées par Fragonard inscrivent ces paysages dans une temporalité humaine, introduisant de manière allusive une dimension galante, certes propre aux pastorales depuis Hésiode et Virgile, mais dont Fragonard s’est fait le chantre au XVIIIe siècle, dans le sillage de Watteau.

Dans Le Rocher, on se plait à deviner les rapports qui lient la jeune femme juchée sur sa monture et le bouvier auquel elle s’adresse ; dans L’Abreuvoir, un couple devise, nonchalamment étendu dans le pré, sans se soucier du jour qui décline et des nuages qui s’amoncellent, sans le souci, surtout, du temps qui passe.


L’intérêt de l’acquisition pour le musée des Beaux-Arts de Lyon

Au-delà de leur place dans la peinture française du XVIIIe siècle, Le Rocher et L’Abreuvoir constituent un apport de choix aux collections du musée des Beaux-Arts de Lyon : ces deux paysages inspirés de la tradition hollandaise de Fragonard font le lien entre la collection de peinture française et celle de peinture hollandaise du musée, riche, pour sa part, en paysages. Ces tableaux permettent également d’établir un pont entre la peinture du Siècle d’or et la peinture française du début du XIXe siècle qui s’inspire de ces modèles nordiques.

L’acquisition de ces deux toiles permet de renforcer le fonds de la peinture française du musée des Beaux-Arts de Lyon, l’une des plus éminentes des musées de France : les XVIIe, XIXe et XXe siècles y sont représentés par des chefs-d’œuvre tels que les toiles de Simon Vouet, de Nicolas Poussin, d’Eugène Delacroix, de Paul Gauguin, de Georges Braque ou d’Henri Matisse.

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