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Acquisitions 2010

Léon Bonnat (1833-1922), Cavalier arabe, 1870

Huile sur toile, H. : 33 cm, L. : 23 cm, acquis en 2010 grâce au mécénat de New Im

Cette esquisse de Léon Bonnat est une étude préparatoire pour l’une des figures de cavalier d’un tableau exposé par l’artiste au Salon de 1872, Cheiks de l’Akabah (Arabie Pétrée), aujourd’hui conservé au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.


Elle trouve son inspiration dans un voyage en Orient effectué en 1868. Bonnat s’arrête alors trois jours à Aqaba, au bord de la Mer Rouge, où les paysages majestueux des oueds l’impressionnent fortement. À son retour, il met à profit ses études sur le motif pour réaliser des œuvres directement inspirées par son séjour. Il décide ainsi en 1870 d’entreprendre une ambitieuse composition qui transcrit son souvenir des paysages d’Aqaba et représente des cheiks accompagnés de leur escorte.

S’il peut s’appuyer dans son travail sur ses esquisses du site, lui permettant un rendu le plus fidèle possible de la lumière baignant la scène, il n’a pu s’adonner sur place à des études de personnages. Pour résoudre cette difficulté, Bonnat conçoit un stratagème dont il s’explique dans une lettre adressée à un de ses amis : « Ayant vu mon tableau éclairé par un soleil couchant sur les sables de la mer Rouge, je ne puis guère […] songer à le peindre en pleine rue de Paris, et j’ai pensé à Saint-Jean. J’y aurai du sable ; vous me procurerez un homme, que j’habillerai d’une chemise rouge […], pour monter soit un de vos chevaux, soit un arabe de l’escadron des chasseurs d’Afrique de Bayonne […]. Je ferai poser le tout, de six à sept heures du soir, derrière l’établissement des bains ; j’aurai des effets superbes ; il me sera facile ensuite d’adapter mes nouvelles études à celles que j’ai faites pendant mon voyage. »
Bien qu’offrant l’apparence d’une étude sur le motif réalisée lors du voyage en Orient de l’artiste, cette esquisse résulte donc de séances de travail sur la plage de Saint-Jean-de-Luz, avec un costume rapporté de son expédition vraisemblablement posé sur un mannequin. Elle permet d’éclairer le processus créateur de l’artiste et d’apporter un témoignage lié au regard posé par les peintres sur l’Orient au XIXe siècle.

Louis Janmot (1814-1892), Autoportrait, 1832

Huile sur toile, H. : 81 cm, L. : 65,5 cm, acquis en 2010 avec le concours du FRAM

Cet autoportrait constitue la première peinture connue de Louis Janmot, réalisée lors de sa formation à l’école des Beaux-Arts de Lyon.

Son parcours y est particulièrement rapide : dès 1832, quelques mois après son arrivée dans la classe de peinture, il est admis à se présenter aux concours de fin d’année. Il en remporte la distinction suprême, le Laurier d’Or, grâce à cette œuvre, répondant à un programme imposé. Ce succès magistral lui offre l’opportunité de poursuivre ses études à Paris, où il se rend quelques mois plus tard et entre dans l’atelier d’Orsel, puis d’Ingres.

Cette composition se révèle très atypique dans sa production. Le décolleté en trapèze dont il est vêtu évoque une référence médiévale qui n’est pas sans rappeler certaines œuvres des Nazaréens allemands. L’étrangeté de cet habit pourrait rendre tentante l’hypothèse d’un regard sur ces artistes dont l’écho grandit alors en France. L’intensité de l’affirmation du caractère du jeune homme, presque inquiétante par la fixité de son regard, crée une atmosphère toutefois plus proche du romantisme que de la référence aux Primitifs portée par ces mêmes peintres. L’attitude dans laquelle il choisit de se représenter, qui peut être comparée à celle d’un boxeur prêt à l’attaque, et la manière étrange dont il tient son pinceau, viennent résonner comme une métaphore des ambitions du jeune homme à l’aube de sa carrière. Bien que se livrant à un exercice d’école, il montre ici une précocité et une originalité qui constituent sans doute la raison du choix du jury pour lui attribuer la distinction suprême.

Le romantisme inhérent à cette représentation disparaît très tôt de ses réalisations au profit d’un idéalisme mystique qui va constituer sa marque et dont le cycle du Poème de l’âme  est l’aboutissement. L’historique et la qualité de cet autoportrait font de son acquisition un complément important pour l’illustration de l’école lyonnaise dans les collections du musée.

Bram van Velde, Sans Titre Montrouge, 1937-1938

Huile sur toile, (technique mixte ?), H. : 81cm, L : 100 cm, acquis en 2009 de Françoise Dupuy-Michaud

Ce tableau a appartenu à Marcel Michaud (1898-1958), dont la galerie Folklore, créée en 1938, fut dans les années 1930-1940 le principal foyer de la vie artistique et intellectuelle lyonnaise. En 1946, Michaud décide d’ouvrir une galerie (galerie M.A.I.) à Paris, rue Bonaparte. Cette même année, il y offre à Bram van Velde sa première exposition personnelle.

Bram van Velde naît en 1895 en Hollande dans une famille très modeste. Dès l’enfance, il est attiré par la peinture et à l’âge de douze ans il est employé par la firme Kramers, spécialisée dans la peinture et la décoration intérieure. Son parcours évolue par la suite par l’Allemagne du Nord, à Worpswede, dans une colonie d’artistes expressionnistes restée fameuse, puis à Paris, où il peint des fleurs et des paysages dans la tradition d’un fauvisme attardé. A partir de 1927, Bram expose régulièrement aux salons des Indépendants et des Surindépendants. Après  la Corse, puis à nouveau à Paris, il s’installe à Majorque d’où il sera chassé par la guerre civile espagnole. Il traverse alors une période de grande misère. En 1937 il fait la connaissance de l’écrivain d’origine irlandaise Samuel Beckett qui devient son ami. De retour à Paris en 1938, Bram s’installe à Montrouge, au 111 de la rue Aristide- Briand. C’est dans cet atelier qu’aurait été exécutée entre 1937 et 1938 cette œuvre.

Ce tableau est caractéristique du processus de défiguration entamée par le peintre dès les natures mortes des années 1930 et qui sera pleinement accompli en 1941. Cette peinture présente une composition faite de triangles et de chevrons qu’adoucissent quelques courbes et arrondis. Aucune suggestion de profondeur ne peut être relevée : la composition est comme ramenée à la surface plane de la toile. A peine subsiste-t-il quelque allusion à un masque africain ou à une tête cubiste qui pourrait être assimilée à l’univers de Picasso.

Le musée a proposé une grande exposition Bram et Geer van Velde. Deux peintres, un nom du 17 avril au 19 juillet 2010.