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Le récolement

1/5 Qu’est ce que le récolement décennal des collections ?

Derrière ses espaces d’exposition, invisible au visiteur, une mission mobilise le musée des Beaux-Arts de Lyon : le récolement décennal des collections. Depuis 2002, tous les musées de France ont, en effet, l’obligation légale de procéder, de manière systématique et périodique, à la vérification des œuvres inscrites sur leurs inventaires.

Commencé en 2004, ce premier récolement entrepris à l’échelle nationale s’achèvera en décembre 2015 (art. L 451-2 du code du patrimoine). À cette date, les musées devront rendre un bilan précis de la conformité et de la localisation des biens portés sur leurs registres d’inventaire, ainsi que de leur état de conservation.

Les œuvres des musées de France appartiennent au domaine public – État ou collectivité territoriale (la ville de Lyon, dans le cas du musée des Beaux-Arts) – et sont, à ce titre, inaliénables (dont on ne peut se dessaisir) et imprescriptibles (à valeur immuable). C’est l’inscription à l’inventaire qui en fait foi.

Depuis plusieurs années, l’équipe scientifique du musée des Beaux-Arts est donc engagée dans cette longue et indispensable opération de récolement des quelque 71 000 œuvres de ses collections.


2/5 Les outils du récolement : les inventaires

Il est obligatoire pour un musée de collections publiques de tenir un registre d’inventaire de la totalité de ses biens. Il s’agit d’un document unique et infalsifiable, à valeur juridique, dont les rubriques (numéro d’inventaire, auteur, titre, matière, dimensions, moyen d’acquisition…) sont normalisées depuis 1945.

Les registres d’inventaire du musée des Beaux-Arts de Lyon témoignent de l’histoire de l’institution et de la gestion de ses collections.
Tout d’abord consignées dans un registre général (A), les œuvres sont à partir de 1878 réparties dans des registres propres à chaque collection :
- archéologie et numismatique (E),
- objets d’art (D),
- peintures et sculptures (B)...
Le numéro d’inventaire correspond alors à la lettre identifiant chaque registre, suivie d’une numérotation continue selon l’ordre d’entrée.

En 1935, un registre unique est ouvert et le système de numérotation est désormais formé à partir de l’année d’acquisition suivie de l’ordre d’entrée du bien. Depuis 2002, le musée applique le nouveau système préconisé par le Service des musées de France.

Le numéro d’inventaire est maintenant composé de trois éléments :
- le millésime de l’année d’acquisition,
- le numéro d’entrée de l’acquisition dans l’année
- et le numéro du bien au sein de l’acquisition (une acquisition pouvant comporter plusieurs objets).
Par exemple, le tableau de Jean Auguste Dominique Ingres, L'Arétin et l'envoyé de Charles Quint, récemment acquis grâce à une souscription publique, a été inventorié sous le numéro 2013.1.1. Il est donc le premier objet, de la première acquisition de l’année 2013 !


3/5 Comment s’organise le récolement au musée des Beaux-Arts ?

Le musée des Beaux-Arts a fait le choix de mener le récolement décennal par lieu et par pièce, c’est-à-dire dans les salles d’exposition et les réserves du musée, mais aussi dans les institutions extérieures où des œuvres ont pu être déposées au fil du temps : - à Lyon (musées Gadagne, musée Gallo-Romain, Hôtel de Ville, Préfecture du Rhône), - à Vienne (musée d’Art et d’Archéologie),
- à Valence (musée des Beaux-Arts et d’Archéologie),
- à Barcelonnette (musée de la Vallée),
- à Blois (musée du Château),
- à Castres (musée Goya),
- ou encore à Pont-Aven (musée des Beaux-Arts).

Il s’agit d’un travail d’équipe qui réunit le conservateur responsable d’une collection, le régisseur d’œuvres, les documentalistes et les agents de récolement. Après vérification dans les registres d’inventaire, chaque œuvre fait l’objet d’une fiche indiquant :
- ses références (titre, numéro d’inventaire),
- ses caractéristiques techniques (dimensions, matières),
- son état de conservation et son marquage.

Ces données sont ensuite saisies sur la base de gestion des collections puis validées par un conservateur afin d’en garantir la conformité. Un procès verbal établit le bilan de chaque campagne et en cas de disparition constatée, une plainte est déposée.


4/5 Quels sont les bénéfices du récolement ?

L’objectif de ce premier récolement décennal est d’offrir une vision globale des collections réunies au musée des Beaux-Arts pendant plus de deux siècles, de leur localisation, de leur état de conservation et d’un éventuel besoin de restauration.

C’est le cas de tissus péruviens cousus sur carton (don de Jules Armbruster en 1934) récolés en 2012 : l’acidité du support constatée nécessite l’intervention d’un restaurateur et un nouveau conditionnement. Le récolement offre également l’occasion de compléter les sources documentaires sur les œuvres et d’enrichir la base de données, outil indispensable à la gestion des collections. Le projet en cours de mise en ligne permettra au plus grand nombre d’accéder prochainement aux collections du musée dans toute leur richesse et leur diversité.



5/5 Les heureuses surprises du récolement

La (re)découverte d’une tablette à écrire antique
L’objet, brisé en trois fragments, portant chacun un numéro d’inventaire différent, était conservé parmi d’autres fragments indéterminés en bois dans une armoire des réserves. L’étude de l’ensemble a permis d’isoler les trois éléments et d’identifier l’objet (incomplet) comme étant une tablette à écrire, c'est-à-dire une planchette de bois dont les deux faces enduites d’une fine couche de cire conservent les lettres d’un texte grec incisé. Des orifices latéraux permettaient de relier plusieurs tablettes à l’aide de liens. L’œuvre, datée de l’Antiquité tardive, provient probablement de la nécropole d’Antinoé en Moyenne-Égypte. Une épigraphiste en a commencé l’étude.

L’identification d’un disque Bi
Récemment, le récolement d’un anneau en jade a permis de revoir l’identification d’un objet. Il s’agissait, d’après le catalogue d’Ambroise Comarmond Description des antiquités et objets d’art contenus dans les salles du Palais-des-Arts de la ville de Lyon publié en 1855-1857, d’« un instrument indien employé […] pour racler la surface interne de la peau des animaux ». La matière, du jade, et l’aspect finement lissé de la surface ont conduit à un réexamen de la pièce, finalement identifié comme un disque Bi, un objet rituel ou cérémoniel chinois antique.

Crédits photos Lyon, musée des Beaux-Arts ©
Photos 5 et 9 Alain Basset
Photos 6, 7, 8 et 10 Aurélie Borel
Photos 1, 3 et 11 Stéphane Degroisse
Photos 2, 4 DR