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Parcours dans l'exposition

Les quatre premières sections de l’exposition sont présentées au deuxième étage du musée, dans la salle des expositions-dossiers. La section intitulée Métis est présentée au même étage, dans la salle 200.

1. Séries

Avec Métissages, les collections Denise et Michel Meynet, le musée des Beaux-Arts de Lyon poursuit un cycle d’expositions consacré aux collectionneurs privés. L’exposition propose la découverte des collections singulières de ce couple où les univers s’entremêlent. Constituées par deux personnes, les collections Meynet abordent des domaines très variés : art asiatique et africain, céramiques et estampes contemporaines. Dans chacun de ces corpus, des ensembles sont construits. Selon le couple, l’objectif de la collection n’est pas l’accumulation mais l’amélioration des ensembles déjà constitués. Ceux-ci évoluent, des pièces pouvant être vendues ou données. En 2000, Denise et Michel Meynet ont ainsi fait une donation de 685 objets africains au musée Guimet de Lyon futur musée des Confluences. En 2011, ils ont gratifié le musée des Beaux-Arts d’un bel ensemble de céramiques contemporaines.

Ces libéralités permettent à Denise et Michel Meynet d’aborder en pionniers des territoires nouveaux, peu explorés : œuvres de céramistes contemporains, art africain dit « colon » car fortement marqué par l’empreinte occidentale due à la colonisation, Street Art enfin, chaque territoire se distinguant en séries dans leurs collections.


2. La beauté de l’ordinaire

Les collections Meynet sont nées de la fascination du couple pour le Japon, en particulier pour « l’art populaire » de ce pays, une notion créée au début du XXe siècle par Soetsu Yanagi (1889-1961). Cet intellectuel japonais a inventé un néologisme pour le désigner : mingei, composé du min de minshu (peuple) et du gei de kogei (artisanat).

Selon lui, les objets mingei sont ceux dont se servent au quotidien les gens du peuple. Leurs créateurs sont des artisans anonymes qui ont accordé une grande attention à leur fabrication. Les caractéristiques de l’objet mingei sont le naturel, la droiture, la simplicité, la solidité : « c’est une beauté de l’ordinaire », écrit l’érudit.

L’originalité de Denise et de Michel Meynet est d’avoir transposé les critères du mingei japonais aux objets africains du quotidien, peu convoités lorsqu’ils commencent leur collection au début des années 1990. Chaque objet a été choisi parce qu’il porte une patine, témoin du temps, des traces d’usage, souvenirs de sa fonction première. L’objet est beau pour les qualités d’exécution mises en œuvre et dans sa simplicité.


3. Matières

Pour constituer leurs collections, Denise et Michel Meynet ont été portés par leur goût pour la matière et les techniques : le bois, le métal, l’ivoire, la céramique. Ils ont recherché les objets patinés par le temps et l’usage et ceux réalisés à partir de matériaux insolites.

À cet égard, les Meynet peuvent être regardés comme les héritiers des « curieux » de la Renaissance et du Grand Siècle. Ces périodes voient se former les premières grandes collections encyclopédiques : il ne s’agit pas de réunir uniquement des œuvres d’art mais bien d’illustrer la diversité du monde. Cette dimension de speculum mundi, de miroir du monde, est alors assumée par le « cabinet de curiosités » qui distingue l’artifice et la nature : d’un côté la matière transformée par l’homme et de l’autre les matières naturelles. Les savants comme les princes rassemblent les curiosités les plus hétéroclites en privilégiant les objets inclassables, les artéfacts et les matières exotiques comme l’ivoire d’éléphant ou l’œuf d’autruche, parfois pris pour l’œuf d’un griffon ou d’un autre animal fabuleux.

Dans la collection Meynet, certains objets oscillent entre naturalia et artificialia : l’œuf d’autruche transformé en flacon par les populations bochimans qui l’utilisent comme « boîte à riz », un bouclier provenant d’Afrique de l’est fabriqué à partir d’une carapace de tortue, ou encore des fémurs, devenus des poupées de fertilité au Nigeria.


4. Formes/ Volumes/ Couleurs

Comme dans les cabinets de curiosités d’autrefois ou les compositions des artistes surréalistes, les collections Meynet font coexister des œuvres produites par des artistes occidentaux et par des cultures lointaines. De ces rapprochements naissent des affinités qui ne sont pas fortuites.

Depuis la découverte de l’art africain par les artistes modernes, l’art occidental s’est en effet affranchi des conventions de la représentation classique héritées de l’art gréco-romain. Pablo Picasso, Georges Braque, Henri Matisse, André Derain ont admiré les premiers l’originalité plastique de l’art africain. Ils ont trouvé dans les masques des peuples baoulé, ibo et fang une source exceptionnelle d'inspiration. L’adoption des principes propres aux arts dits alors « primitifs » explique la naissance du cubisme, lequel a ouvert la voie à plusieurs courants artistiques majeurs du XXe siècle, dont l’abstraction.

Denise et Michel Meynet ont acquis exclusivement des objets et des œuvres présentant à leurs yeux un équilibre parfait entre la forme et le volume. La couleur est également importante, même si elle n’est pas primordiale dans le choix de l’objet. Les collections comptent ainsi un grand nombre d’objets blancs. Dans l’art africain, le blanc, traditionnellement obtenu grâce au kaolin ou à la craie, est lié aux ancêtres, aux dieux, à la mort associée à l’idée de renaissance. Le noir, fabriqué à partir du noir de fumée, du charbon de bois ou des écorces de liane, suggère les ténèbres et la sorcellerie.


5. Métis

Les premiers contacts entre Africains et Européens remontent au XVe siècle, quand les Portugais s’aventurent le long du littoral occidental de l’Afrique. Les ivoires afro-portugais, qui combinent motifs d’inspiration africaine et occidentale, sont les premiers objets « métissés » nés de cette rencontre.

Rapidement, les grandes puissances européennes implantent des comptoirs commerciaux et tirent profit, grâce au troc, des ressources locales (y compris des vies humaines dans le cadre de la « traite négrière »). Les Africains sont fascinés par la supériorité matérielle des Britanniques, des Hollandais ou des Français qui impressionnent avec leurs navires imposants, leurs armes à feu et leurs monnaies.

À la fin du XIXe siècle, le partage des territoires de l’Afrique est officialisé et, dès le début du siècle suivant, l’art africain est fortement marqué par la présence coloniale. Les artistes produisent des statuettes que les Européens ont qualifiées de "colons" car ils les ont interprétées, souvent à tort, comme des portraits d’hommes blancs. Couverts de peinture industrielle, ces personnages à la peau noire, sculptés en ronde-bosse, sont vêtus "à l'occidentale" et arborent des signes de modernité et de réussite sociale (vêtements à la mode, coiffures plaquées, accessoires tels que montres et sacs à main). Réciproquement, certains artistes occidentaux du XXe siècle se sont inspirés de l’art africain, et notamment de l’art de la récupération, pour créer des œuvres qui intègrent des objets ou des matériaux détournés de leur usage premier. Ces objets « Métis » occupent une place de choix dans la collection du couple Meynet et font l’objet d’une scénographie particulière dans l’exposition dans la salle 200.