Des lignes noires définissent et simplifient le contour et les traits d’un visage qui, bien que légèrement décentré, occupe toute la surface du tableau. L’œuvre témoigne de la fascination de Alexeï von Jawlensky pour les icônes orthodoxes qui, au-delà de la représentation, entendent rendre la présence même de la figure. Jawlensky emprunte à cet art le schématisme de la représentation, ainsi que la codification des traits du visage réduits à quelques signes essentiels : nez, sourcils, yeux en amandes et cheveux. L’association de couleurs pures et la juxtaposition de couleurs primaires et de leurs complémentaires confère à l’œuvre une certaine agressivité, accentuée par les yeux fixes de la figure. Si l’identification d’une tête de femme est possible par la suggestion de cheveux longs, la puissance de son regard rappelle le pouvoir hypnotisant de Méduse. Comme cette dernière, la peinture ne semble-t-elle pas posséder le pouvoir de pétrifier ceux qui osent la regarder en face ?
Cette œuvre témoigne des recherches menées par Alexeï von Jawlensky, à la charnière de deux cultures, du sacré et du profane, de l’image et de l’icône, qui s’enrichissent mutuellement dans une exploration de l’ombre et de la lumière.