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Juliette Récamier, muse et mécène

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Introduction

D'origine lyonnaise, Juliette Récamier (1777-1849) reçut dans son salon toutes les personnalités importantes de son temps, la première moitié du XIXe siècle.

L'exposition propose d'explorer ce personnage à travers son rapport aux arts. Juliette Récamier fut en effet tour à tour : modèle , commanditaire , collectionneuse et initiatrice d'un nouveau goût.

 

Les différentes sections de l'exposition permettront de :
- rassembler une importante sélection de ses portraits tout au long de sa vie ;
- découvrir les cercles artistiques et littéraires gravitant autour de Juliette Récamier ;
- Confronter les œuvres et objets provenant de ses collections ;
- Comprendre son usage des arts pour servir son image ;
- Poser la question de l'influence de Juliette Récamier sur les arts de son temps et de sa postérité auprès des artistes.


Commissariat :

Stéphane Paccoud, conservateur du patrimoine, chargé des collections de peintures et de sculptures du XIXe siècle,
assisté de :
Gérard Bruyère, bibliothécaire, musée des Beaux-Arts de Lyon,
Jehanne Lazaj, conservateur du patrimoine, ministère de la culture.
Sophie Picot-Bocquillon, historienne de l'art.

Cette exposition est reconnue d'intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication / direction des musées de France. Elle bénéficie à ce titre d'un soutien financier exceptionnel de l'Etat.

"Bonjour, je m'appelle Juliette Récamier."

J'habite dans un appartement à l'Abbaye-aux-Bois, un couvent au cœur de Paris. Je vis seule, mais ma nièce Amélie vient souvent me voir avec ses trois enfants. Ce soir, nous sommes le 3 décembre 1848. C'est mon anniversaire, mes amis sont venus fêter mes 71 ans. Aujourd'hui, je suis une vieille dame qui perd la vue ; mais quand j'étais Juliette, jeune et élégante, tout Paris me célébrait comme une des plus belles femmes qui soient.

J'ai eu une longue vie, et j'ai vu la France traverser tant d'aventures et de drames ! Une révolution, un Empire, des années de guerre, deux Républiques…. Quelle époque, mon Dieu, on ne sait jamais ce qui va se passer ; encore cette année, nous avons vu une nouvelle révolte et un nouveau régime.

Mon enfance, de Lyon à Paris

J-B. Augustin, Juliette Récamier, v. 1801, gouache sur ivoire, Paris, musée du Louvre.
J-B. Augustin
Juliette Récamier, v. 1801, gouache sur ivoire, Paris, musée du Louvre.

Je suis née à Lyon, le 3 décembre 1777. J'ai grandi dans le quartier des Terreaux, à côté de l'abbaye des Dames de St Pierre. Mon prénom est Julie, mais je me ferai plus tard appeler Juliette. Mon père, Jean Bernard, est notaire. J'ai neuf ans quand il est appelé à travailler pour le Ministre des Finances : mes parents partent vivre à Paris.

Moi, je reste à Lyon, on m'a mis en pension au couvent de la Déserte, au bas des pentes de la Croix-Rousse. J'y apprends les bonnes manières, la musique, la danse, toute l'éducation qu'une jeune fille doit avoir pour être un bon parti.

Enfin, je rejoins ma famille à Paris ! J'ai presque onze ans. Je découvre la capitale, mais en arrivant je trouve mon père inquiet : il sait que les finances du pays vont très mal. Le Roi et la reine ont perdu l'amour du peuple, il n'y a plus d'argent et les gens ont faim.

 

Une jeune fille sous la Révolution

J. Chinard, Liberté et Egalité,1793, plâtre, Lyon, musée des Beaux-Arts
J. Chinard
Liberté et Egalité,1793, plâtre, Lyon, musée des Beaux-Arts

On publie la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, qui enseigne que tous les hommes naissent libres et égaux. Je comprends mal ce qui se passe, mais je sens que nous vivons une époque exceptionnelle où plus rien ne sera comme avant. Tout cela est d'abord très exaltant, mais au fil des mois les tensions montent. J'entends dire que le roi n'a pas accepté la situation, qu'il a tenté de s'enfuir, qu'il est maintenant emprisonné. Le 17 janvier 1793, il est condamné à mort. La reine le sera aussi quelques mois plus tard. 

Mon père est soupçonné d'être un partisan du roi. Tout le monde a peur, les royalistes sont arrêtés et guillotinés. Mes parents décident de me marier. J'ai 15 ans et demi, et on me fiance à Jacques Récamier, un banquier  de 42 ans, un des meilleurs amis de mes parents. Lui aussi a peur d'être arrêté. Nous nous marions à Lyon en avril 1793 et repartons vivre à Paris. Nous avons de la chance : quelques semaines plus tard, Lyon se révolte contre le gouvernement révolutionnaire, et est assiégée par l'armée de la Convention.

A Paris, la situation est aussi tendue. Pendant les années de la Terreur, mon mari me tient le plus loin possible de la société parisienne. Mais dès que la France connait un nouveau régime, le Directoire, il ne peut m'empêcher de sortir et participer aux soirées mondaines.  J'ai eu assez peur, maintenant je veux m'amuser, voir du monde, mettre de belles tenues !

Mes années mondaines : ma maison

E. Morin, Portrait de Juliette Récamier, 1799, Musée National des Châteaux de Versailles et de Trianon
E. Morin
Portrait de Juliette Récamier, 1799, Musée National des Châteaux de Versailles et de Trianon

Les affaires de Jacques vont incroyablement bien, et nous faisons maintenant partie des plus grandes fortunes du pays. Mon mari sera même nommé à la direction de la Banque de France ! Il a acheté l'hôtel particulier d'un ancien ministre, dans un quartier à la mode. C'est une splendide maison que je fais redécorer de la façon la plus moderne : on crée spécialement pour moi des meubles inspirés de l'Antiquité, je décore les murs de tableaux, de miroirs, de rideaux et tentures de soie. Des grands vases, des statues, des coupes… sont placés sur les petites tables ou les cheminées.

Dans ma chambre, un grand voile de soie entoure mon lit, comme un trône. J'ai même une salle de bains avec - quel luxe ! – une baignoire !

Mon jardin est aussi un lieu important ; j'aime m'y promener avec mes amis et j'y fais cultiver les plus belles fleurs.

Ma maison devient le lieu le plus à la mode de Paris : tout le monde veut la voir et y être invité.

 

 

Je suis "la beauté à la mode"

On me dit une des plus belles femmes d'Europe – je fais très attention à mon apparence et j'adore la mode. Je ne m'habille qu'en blanc, et change de robe plusieurs fois par jour. Je lance de nouvelles tenues : dès qu'on me voit à une soirée, on m'imite.

Nous menons une vie de fêtes, où toute la haute société défile et vient m'admirer. J'adore la danse, je vais à tous les bals et j'en organise chez moi : je suis toujours la première arrivée et la dernière partie.

Je suis une célébrité : il arrive que les gens m'arrêtent dans la rue, se pressent autour de moi. Des gens venus de tous les pays d'Europe demandent à me rencontrer. Même les familles royales entendent parler de moi.

la Cour de Londres, on parle de moi comme d'une « fashionable beauty » (une « beauté à la mode »). La France et l'Angleterre sont en guerre à l'époque, mais je profite d'une trêve pour aller à Londres, et je suis reçue par le Prince de Galles. Il m'emmène à l'Opéra, et là-bas, je suis assaillie par une foule d'admirateurs. Heureusement que le Prince était là pour me protéger !

Les hommes me font la cour : même Lucien Bonaparte est amoureux de moi. Lucien, c'est le frère de ce Napoléon Bonaparte dont tout le monde parle, et qui après ses exploits militaires est en train de faire une belle carrière politique : voilà qu'on a encore changé de gouvernement, et sous le Consulat c'est justement Napoléon Bonaparte qui fait partie des trois consuls qui dirigent la France. Après avoir été simple soldat, puis caporal, il est maintenant Premier Consul !

 

Cette robe a été faite à partir de coton venu d'Inde : à l'époque c'était un produit de luxe.

Robe en mousseline, Directoire ou Consulat, Lorient, Musée de la Compagnie des Indes
Robe en mousseline, Directoire ou Consulat, Lorient, Musée de la Compagnie des Indes
Corset, Epoque Empire, musée Galliera, Paris
Corset, Epoque Empire, musée Galliera, Paris
Robe à manches longues « en Amadis », époque Directoire, toile mousseline, coton blanc, broderies blanches en semis de fleurs, Paris, Galliéra – musée de la mode de la ville de Paris
Robe à manches longues « en Amadis », époque Directoire, toile mousseline, coton blanc, broderies blanches en semis de fleurs, Paris, Galliéra – musée de la mode de la ville de Paris
Robe en mousseline d'après-midi, Premier Empire, musée des Tissus de Lyon
Robe en mousseline d'après-midi, Premier Empire, musée des Tissus de Lyon

Mes portraits

Joseph Chinard, Juliette Récamier, 1805-1806, buste, marbre, Lyon, musée des Beaux-Arts
Joseph Chinard
Juliette Récamier, 1805-1806, buste, marbre, Lyon, musée des Beaux-Arts

Je suis une des femmes les plus représentées de l'époque, on trouve autant d'images de moi que des princesses d'Europe.

Depuis ma jeunesse, les peintres ont fait mon portrait : soit à ma demande, soit sur celle de mon mari ou de ma famille, ou même simplement de gens qui m'admirent, qui veulent conserver mon image chez eux.  

Par exemple, j'ai commandé mon portrait aux peintres les plus célèbres de l'époque, comme Jacques-Louis David, qui fera plusieurs portraits de Napoléon ! Il m'avait représentée dans une robe blanche à drapé, comme une statue romaine, allongée sur un divan qu'on appelle aujourd'hui grâce à moi un Récamier ! Mais je n'ai pas aimé le tableau, je l'ai trouvé triste et sévère, et David ne l'a pas terminé. Je préfère de beaucoup le portrait de François Gérard, où je suis assise et je me penche vers le spectateur en lui souriant. Je me trouve beaucoup plus séduisante !

F. Gérard, Portrait de Juliette Récamier, vers 1805,  Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon
F. Gérard, Portrait de Juliette Récamier, vers 1805, Musée national des Châteaux de Versailles et de Trianon

Il y a quelques années seulement, en 1839, est apparue une invention incroyable : la photographie ! mais auparavant, la seule façon de pouvoir conserver l'image des gens qu'on aime était de commander un portrait à un peintre ou un sculpteur.

Il vient chez vous ou vous allez dans son atelier ; vous choisissez ensemble une tenue, une pose, un décor. Les grands portraits où l'on apparaît entièrement, de la tête aux pieds, coûtent très cher, mais on peut aussi avoir juste son buste peint ou sculpté, et même avoir son portrait en miniature, sur des médaillons de quelques centimètres. J'offre ces tout petits portraits à mes amis, à ma famille, aux gens qui m'aiment : ils le gardent sur eux, dans leur poche ou une bourse, ou le portent au cou, et le sortent pour me regarder quand ils pensent à moi. C'est très romantique !

 

Exil en Italie

Elisabeth Louise Vigée Le Brun, Madame de Staël et sa fille, huile sur toile, Château de Coppet, Suisse.
Elisabeth Louise Vigée Le Brun, Madame de Staël et sa fille, huile sur toile, Château de Coppet, Suisse.

La France a maintenant un Empereur : Napoléon a été sacré le 2 décembre 1804. Avec lui, la France est devenue le pays le plus puissant d'Europe, mais c'est au prix de guerres toujours plus longues. Toute l'Europe est maintenant en guerre. 

L'Empereur ne m'aime pas. D'abord je suis l'amie de plusieurs personnes qui osent le critiquer, ensuite je reçois beaucoup d'étrangers, de pays parfois en guerre avec la France.

Mon amie Madame de Staël écrit des livres que l'Empereur n'apprécie pas : elle a été exilée et a dû partir vivre en Suisse. Je vais souvent la rejoindre là-bas, même si cela déplait à Napoléon. 

Quand les affaires de mon mari commencent à aller mal, l'Empereur refuse de nous aider. La banque fait faillite, et nous devons réduire nos dépenses. Nous vendons notre belle maison. Quelques années plus tard, nous nous séparerons même pour vivre : j'irai loger seule à l'Abbaye-au-Bois, et mon mari habitera avec des amis.

Je cesse d'organiser des fêtes, et je m'intéresse de plus en plus à l'art, à la littérature, à la philosophie.

 

L'Empereur ne me pardonne pas mon amitié avec Madame de Staël. Il m'exile à mon tour : en 1813, je dois quitter Paris. Je vais passer quelques mois à Lyon, puis je pars en Italie.

A Rome, je visite le Colisée, les sites antiques… Je vais aussi visiter Naples, où je suis invitée par la reine Caroline, la sœur de Napoléon, qui est devenue reine de Naples depuis que la France a conquis l'Italie.

Je rencontre à Rome le sculpteur le plus célèbre de l'époque : Antonio Canova. Nous devenons amis, je lui achète des sculptures et il fait mon portrait.

Il m'offre un des modèles en terre qu'il a faites pour une sculpture, les Trois Grâces !

Cela fait plus de deux ans que je suis partie de chez moi. Mais à Rome, j'apprends que Napoléon a été vaincu par les grands pays européens. Il est fait prisonnier. Je peux enfin rentrer à Paris ! Je suis si heureuse !

 

A-L Girodet, Portrait de Chateaubriand, 1809, huile sur toile, St-Malo, Musée d'histoire, © Photo Michel Dupuis, ville de Saint Malo.
A-L Girodet,
Portrait de Chateaubriand, 1809, huile sur toile, St-Malo, Musée d'histoire,
© Photo Michel Dupuis, ville de Saint Malo.

J'ai reçu une très bonne éducation. J'aime participer aux discussions politiques, scientifiques, littéraires.

Je tiens un salon : un jour par semaine, je reçois des artistes, des écrivains, des savants, des poètes. Nous discutons des problèmes de société, de politique, des dernières découvertes de la science.

Mon ami Lamartine vient lire ses poèmes. Mon ami Ampère vient parler de ses recherches sur l'électricité.

J'invite des chanteurs d'opéra, des musiciens, des danseurs, des comédiens à venir se produire devant mes invités. 

J'ai rencontré un écrivain, François-René de Chateaubriand. Notre histoire d'amour va durer vingt ans.

René écrit plusieurs livres et pièces de théâtre. Dans son livre le plus célèbre, Mémoires d'outre-tombe, il raconte sa vie dans cette époque pleine d'aventures. Il vient en lire des extraits dans mon salon.

F. Gérard, Corinne au Cap Misène, 1819-1822, Lyon, musée des Beaux-Arts
F. Gérard
Corinne au Cap Misène, 1819-1822, Lyon, musée des Beaux-Arts

J'aime la musique, je joue du piano, de la harpe, je chante. J'ai appris le dessin avec un peintre célèbre.

J'achète des tableaux et des sculptures. Je deviens une mécène, c'est-à-dire quelqu'un qui aime l'art et aide les jeunes artistes : je les fais connaître, je leur commande des œuvres. Je me constitue une belle collection d'art, au fil des ans : les portraits de mes amis, des sculptures d'artistes célèbres, comme Persée et Andromède.

Le prince de Prusse m'offre une peinture faite sur un livre qu'avait écrite mon amie Madame de Staël : Corinne ou l'Italie. C'est un tableau que j'adore : je le garde dans ma chambre, caché comme un trésor derrière des rideaux que je n'ouvre que pour ceux qui le méritent !

 

 

Mes dernières années

F-L. Dejuinne, La chambre de Madame Récamier à l'Abbaye-aux-Bois, 1826, Paris, musée du Louvre
F-L. Dejuinne
La chambre de Madame Récamier à l'Abbaye-aux-Bois, 1826, Paris, musée du Louvre

Les années ont passé. Mon mari est mort depuis vingt ans. Ma nièce Amélie, que j'ai élevée comme ma fille, s'est mariée. Je suis restée à l'Abbaye-aux-Bois ; de ma fenêtre je vois les arbres, les religieuses et les pensionnaires qui traversent le jardin. Beaucoup de mes amis ont disparu ; j'essaye de faire connaître leurs livres, d'entretenir leur mémoire. J'ai fait de mon salon un musée de l'amitié : j'ai leurs portraits autour de moi qui me parlent d'eux. Quant à moi, je suis fatiguée et je commence à perdre la vue. Mon bonheur, c'est quand Amélie vient me voir avec ses trois enfants. Je leur raconte ma vie, et tous les grands personnages que j'ai côtoyés : des princes et princesses de toute l'Europe. Du temps où j'étais une des plus belles femmes du monde….

 

Bloc contenu

Parcours dans l'exposition

Elle rencontra aux divers rangs de la société les personnages plus ou moins célèbres engagés sur la scène du monde ; tous lui ont rendu un culte ; sa beauté mêle son existence idéale aux faits matériels de notre histoire ; lumière sereine éclairant un tableau d'orage.

François René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe

 

1/ Les visages de Juliette

F.-L. Dejuinne, La chambre de Madame Récamier à l'Abbaye-aux-Bois (détail) , 1826, Paris, musée du Louvre, RMN © JG Berizzi
F.-L. Dejuinne
La chambre de Madame Récamier à l'Abbaye-aux-Bois (détail) , 1826, Paris, musée du Louvre, RMN
© JG Berizzi

Dans les dernières années du XVIIIe siècle, Juliette Récamier est une reine de la mode qui reçoit la haute société dans son luxueux hôtel particulier de la rue du Mont-Blanc. Écrivains et artistes qui fréquentent son salon contribuent largement à cette renommée en transmettant une représentation de la belle Lyonnaise alliant grâce et délicatesse.

Au temps de sa jeunesse, elle sollicite les portraitistes les plus célèbres : les peintres David et Gérard, ou le sculpteur lyonnais Chinard. Quelques années plus tard, elle inspire également le grand artiste néo-classique Canova. La confrontation de ces différentes représentations permet de mesurer l'apport de chacun d'eux et les diverses approches d'un personnage aux multiples facettes.

Rarement satisfaite de ses portraits, Juliette Récamier se fait pourtant représenter, souvent idéalisée, tout au long de sa vie. Sa volonté de maîtriser son image est sensible dans les rapports qu'elle entretient avec ses portraitistes ainsi que dans la diffusion de ses plus fameux portraits par le dessin, la gravure ou les moulages. Si certaines œuvres sont transmises à des proches en gage d'amitié ou d'affection, d'autres sont d'emblée accessibles à un public beaucoup plus large.

 

Une beauté à la mode

Le sculpteur lyonnais Joseph Chinard est un des portraitistes les plus célèbres de la fin du XVIIIe siècle et du début du 19e siècle. Il rencontre probablement les époux Récamier lors d'un de ses premiers séjours à Paris, au milieu des années 1790 et réside chez eux lors de son passage dans la capitale en 1801. Il sculpte plusieurs portraits de Juliette Récamier en buste, à mi-corps ou en médaillon. Si l'artiste travaille d'abord face à son modèle à une première réalisation en terre, il la décline ensuite avec des variantes, d'abord en plâtre, puis en marbre.

Les conditions précises d'exécution de ces œuvres ne sont pas connues, mais nous savons cependant que Juliette appréciait ces portraits. Malgré les variations d'une œuvre à l'autre, elle est montrée par Chinard comme une jeune femme sensuelle, mais pleine de retenue. Ses coiffures complexes incarnent l'élégance de la mode de son époque. La blancheur des marbres et la pose de « Vénus pudique » donnent un caractère gracieux et intemporel à ces représentations dont le succès se mesure à la prolifération des copies et moulages qui ont été réalisés au fil des décennies.

 

 

 

J.L. David, Juliette Récamier, 1800, Paris, musée du Louvre (c) RMN / © Droits réservés
J.L. David
Juliette Récamier, 1800, Paris, musée du Louvre (c) RMN /
© Droits réservés

Un tableau inachevé

Au sommet de sa gloire et de sa fortune, Juliette Récamier commande en 1800 son portrait à Jacques Louis David qui est alors l'artiste le plus célèbre de son temps.

Le peintre souhaite faire de ce projet une œuvre de grande ampleur. Fidèle à l'esprit néo-classique qui caractérise son style, il conçoit une œuvre rigoureuse et épurée, nourrie de références à l'antiquité par la pose et le mobilier choisis.

Malgré les longues séances de travail et l'implication du maître, le tableau restera pourtant inachevé. Soucieuse de contrôler sa représentation, Juliette aurait-elle fait preuve de trop d'exigences ? David lui-même semble ne pas avoir été satisfait de sa réalisation.

L'œuvre restera dans l'atelier du peintre où elle influencera ses jeunes élèves comme Jean Auguste Dominique Ingres.

Acquise dès 1826 par le neveu de Juliette, quelques mois après la mort de David, elle est revendue peu après au musée du Louvre : Juliette entrait ainsi de son vivant dans les collections nationales.

 
A. Canova, Juliette Récamier en Béatrice, 1819-1822, buste, marbre, Lyon, musée des Beaux-Arts © Lyon, MBA
A. Canova
Juliette Récamier en Béatrice, 1819-1822, buste, marbre, Lyon, musée des Beaux-Arts
© Lyon, MBA

Une tête idéale

Exilée de Paris par Napoléon, Juliette Récamier rencontre Antonio Canova lors d'un séjour à Rome en avril 1813. Une amitié étroite se noue très rapidement entre la belle Française et le plus célèbre des sculpteurs européens de sa génération.

Quelques mois plus tard, alors que Madame Récamier est de nouveau de passage à Rome, Canova lui présente deux bustes d'elle, dont un voilé, réalisés de mémoire. Très épurés, ces portraits s'inscrivent dans une recherche esthétique plus large menée par l'artiste depuis 1811 : il réalise une série de têtes idéales inspirées d'héroïnes de la tradition classique comme la muse Clio.

Particulièrement déroutée par son image très idéalisée, Juliette ne se reconnaît pas. Piqué au vif, l'artiste italien transforme l'identité du portrait voilé en évocation de Béatrice, la muse du poète italien Dante Alighieri, en lui ajoutant une couronne d'olivier.


Vénus alanguie

David n'ayant pu terminer le portrait de Juliette Récamier qu'il avait débuté, la jeune femme choisit de solliciter son élève François Gérard pour lui confier cette commande. La renommée du jeune peintre est alors grandissante et il s'impose comme l'un des tous meilleurs portraitistes de son temps, sollicité par la haute société européenne et les cercles du pouvoir.

La réalisation du tableau s'étale sur plusieurs années, préparée par différentes études qui montrent les recherches de l'artiste pour parvenir à sa composition finale. Juliette apparaît lascive, à demi-assise, invitant de son regard le spectateur, devant un décor de colonnade imaginaire. Cette image aussitôt célèbre est l'une des rares à avoir trouvé grâce aux yeux du modèle, qui fit réaliser plusieurs copies peintes ou dessinées d'après le tableau. Il devint une image « officielle » du personnage, diffusée par la gravure.

 

2/ L'entrée dans le monde

Pour les milieux de la nouvelle bourgeoisie, la période du Directoire (1795 à 1799) est marquée par un esprit de fêtes et de divertissement. Après les années sombres de la Terreur, la société se jette dans les plaisirs, autant pour oublier les heures sanglantes, que par hostilité envers l'éthique puritaine des révolutionnaires.

Les femmes, en particulier, jouent un rôle majeur dans ce renouveau de la vie mondaine : émancipées, privilégiant une mode extravagante et affichant une vie parfois dissolue, elles sont moquées sous le qualificatif de « merveilleuses ».

L'entrée de Juliette Récamier sur la scène publique s'inscrit dans ce contexte de liberté. Poussée par sa mère, elle reprend le salon que celle-ci animait et dans lequel se réunissent des hommes de lettres, les Lyonnais de passage à Paris, et autres gens du monde. Très vite, elle l'ouvre à d'autres milieux, n'hésitant pas à recevoir en même

temps les républicains, les aristocrates royalistes revenant d'exil, les jeunes généraux couverts de gloire et la nouvelle élite bonapartiste.

 
 
Robe d'après-midi, mousseline de coton, Premier Empire © Musée des Tissus de Lyon/ Photo Pierre Verrier
Robe d'après-midi, mousseline de coton, Premier Empire

3/ Une icône de mode

Dès ses premières apparitions publiques, sous le Directoire, Juliette use des codes vestimentaires de son époque pour maîtriser son image et devenir un véritable modèle d'élégance adulé et copié. Elle choisit les éléments de toilette les plus en vogue, en popularise certains, et se créé un personnage à la fois universel et particulier.

Malgré les changements constants de la mode, Juliette reste fidèle à elle-même : elle porte tout au long de sa vie des robes blanches simples souvent faites de coton et réchauffées de châles cachemires. Elle s'enroule aussi dans des voiles de mousseline et se pare presque uniquement de perles. Elle apparait ainsi, telle un ange ou une éternelle jeune fille. Affichant un décolleté souvent profond, elle joue parallèlement de la transparence des tissus pour créer la suggestion érotique.

Icône de mode du Directoire au Premier Empire, Juliette Récamier est ensuite reconnue par et pour son style devenu intemporel, juste équilibre de délicatesse, d'ambivalence et de raffinement simple. Par cette permanence, elle est résolument moderne.

Voir la vidéo Juliette Récamier et la mode.

 
 
 
 

4/ Les cercles de Juliette

La sociabilité et l'amitié sont au centre de la vie de Juliette Récamier. Durant plus d'un demi-siècle, elle sait rassembler autour d'elle les plus brillants esprits de son temps. Bien que les deux banqueroutes de son mari en 1805 et 1819 la privent de la majeure partie de ses moyens financiers, elle continue à recevoir avec autant de succès ses nombreux fidèles.

Son salon abandonne peu à peu son caractère mondain pour prendre de plus en plus nettement une orientation littéraire, sous l'impulsion de ses amis écrivains Madame de Staël, puis François René de Chateaubriand. Toutes les opinions politiques et toutes les origines s'y côtoient. Il faut à la maîtresse de maison déployer tous ses talents face au nombre toujours croissant de salons voyant le jour parmi la bonne société parisienne. Juliette sait développer plus qu'aucune autre de ses rivales son art de la séduction pour s'attacher ses hôtes. Des lectures, des concerts, des récitals sont organisés, qui sont autant d'occasions d'attirer de nouveaux venus. Grâce à cette exceptionnelle attractivité, alliée à une véritable renommée européenne, le salon de Juliette Récamier devient un exemple que suivront les femmes des générations suivantes.

Voir la vidéo Le cercle de Juliette Récamier.

 
 
C.S. de Sermenzy, Fleury François Richard, 1810, Lyon, musée des Beaux-Arts © Lyon, MBA
C.S. de Sermenzy
Fleury François Richard, 1810, Lyon, musée des Beaux-Arts
© Lyon, MBA

Les artistes

« Le plaisir vrai que lui faisaient éprouver les beautés de l'art ou de la poésie, l'admiration naïve qu'elle exprimait dans un langage délicat, étaient une sorte d'encens qu'artistes, poètes ou littérateurs aimaient fort à respirer », rapporte Amélie Lenormant au sujet de sa tante.

Juliette éprouve beaucoup de plaisir à fréquenter les artistes et à visiter leurs ateliers. Elle noue en particulier des liens étroits d'amitié avec plusieurs d'entre eux et marque un intérêt pour les arts en général.

Le peintre François Gérard, les sculpteurs Joseph Chinard, Clémence Sophie de Sermézy ou Antonio Canova comptent parmi ses fidèles, mais elle n'oublie pas de témoigner aussi son admiration envers les acteurs Talma et Rachel, ou la chanteuse Pauline Viardot, qui se produisent dans son salon.

 
 
J.-M. Bonnassieux, Pierre Simon Ballanche, 1849, Lyon, musée des Beaux-Arts © Lyon, MBA
J.-M. Bonnassieux
Pierre Simon Ballanche, 1849, Lyon, musée des Beaux-Arts
© Lyon, MBA

Le cercle proche et les Lyonnais

Juliette tient à garder auprès d'elle ses plus proches amis qui forment une cour de fidèles. Logés à proximité géographique de son domicile, ils composent une sorte de phalanstère, partageant en communauté quotidien et voyages. Le philosophe Pierre Simon Ballanche et l'écrivain Jean Jacques Ampère sont à la fois ses chevaliers servants et ses secrétaires particuliers. Ils partagent une même origine lyonnaise, qui constitue une introduction sûre auprès d'elle. Malgré son départ précoce de sa ville natale, Juliette n'en montre pas moins toute sa vie un attachement marqué envers celle-ci. Elle se fait un devoir d'accueillir chez elle ses compatriotes de passage à Paris ; son hôtel particulier constitue le point de ralliement de la communauté lyonnaise, autour des politiciens et hommes de lettres Camille Jordan et Joseph Marie de Gérando.

 

 

 

M.E. Godefroid, d'après François Gérard, Germaine de Staël, vers 1817,  Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (c) RMN / © Droits réservés
M.E. Godefroid
d'après François Gérard, Germaine de Staël, vers 1817, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (c) RMN /
© Droits réservés

Auprès de Madame de Staël

Juliette Récamier fait en 1798 la connaissance de Germaine de Staël. La femme de lettres tient alors l'un des salons intellectuels les plus brillants de Paris et affirme ses engagements politiques de plus en plus marqués à l'encontre du pouvoir de Bonaparte en voie d'évolution vers une dérive autoritaire.

Une amitié profonde naît entre les deux femmes, non exempte de quelques nuages liés au tempérament volontiers excessif de l'écrivain.

Exilée par Bonaparte en 1803, Madame de Staël se réfugie dans son château de Coppet, au bord du lac Léman, où elle réunit une société brillante et cosmopolite. En 1807, Juliette lui rend visite et côtoie l'effervescence intellectuelle du lieu où se croisent l'écrivain Benjamin Constant, l'historien Prosper de Barante, l'homme de lettres August Wilhelm Schlegel et le théoricien de l'économie Jean de Sismondi.

Le soutien fidèle qu'elle affiche malgré les circonstances envers son amie proscrite vaudra à Juliette les foudres de Napoléon et un ordre d'exil à quarante lieues de Paris en 1811.

 
 

5/ Décors et collection

Vue de l'exposition
Vue de l'exposition

Au temps de la puissance financière des Récamier, les arts sont mis à contribution par le couple pour conforter sa position sociale.

L'acquisition en 1798 d'un hôtel particulier situé rue du Mont-Blanc, dans le quartier à la mode de la Chaussée d'Antin à Paris, leur offre l'opportunité d'en faire un laboratoire du goût nouveau.

A travers ses choix d'aménagements intérieurs et les œuvres d'art qu'elle acquiert, Juliette exprime une préférence marquée pour un néo-classicisme raffiné et gracieux, librement inspiré de l'Antiquité.

Dans tout Paris, le goût de la maîtresse des lieux, à la pointe de la mode, est rapidement salué. Ce souci de Juliette d'évoluer et de recevoir dans un intérieur raffiné demeurera une constante au fil de ses habitations successives, et ce jusqu'à sa retraite à l'Abbaye-aux-Bois

 

L'hôtel de la rue du Mont-Blanc : les années fastes

Les Récamier confient la décoration de leur hôtel à un jeune architecte : Louis-Martin Berthault. Probablement aidé de Charles Percier, déjà réputé, le jeune homme imagine un décor harmonieux conçu comme un ensemble : boiseries, tentures, meubles exécutés par l'ébéniste Jacob, se répondent ou s'opposent par de subtils jeux de matériaux, de couleurs et de miroirs. Les pièces de réception jouent un rôle clé dans la demeure.

Comme cela se pratiquait alors, Juliette accueille également dans sa chambre à coucher, désireuse d'y faire admirer son goût pour les dernières tendances. Reproduits et diffusés, les aménagements que l'architecte Berthault fait réaliser pour l'hôtel Récamier sont vite connus et célébrés. Comme l'écrivait la duchesse d'Abrantès, la chambre à coucher a « servi de modèle à tout ce qu'on a fait en ce genre » et le mobilier de Juliette Récamier provoqua en effet une telle admiration qu'il fut rapidement imité.

Voir la vidéo L'influence de Juliette Récamier sur les arts.

 
 

Amateur et mécène

Les œuvres d'art qui peuplent le quotidien de Juliette Récamier sont souvent des témoignages d'affection ou d'admiration. Ainsi, l'amitié qui l'unit à Antonio Canova s'incarne dans l'esquisse en terre cuite des Trois Grâces modelée et offerte par le maître italien. Elle sollicite François Gérard pour rendre hommage à Madame de Staël. De même, c'est pour son ami intime, François René de Chateaubriand, qu'elle commande un relief sur le thème de son roman Les Martyrs au sculpteur Pietro Tenerani.

Une même unité de goût néo-classique s'exprime à travers cet ensemble d'œuvres réunies au fil du temps par Juliette. Leurs thématiques littéraires laissent cependant entrevoir un pré-romantisme naissant par l'expression des sentiments, de la mélancolie et de l'ailleurs.

 
 
Le refuge de l'Abbaye-aux-Bois

De mauvaises affaires provoquent en 1819 une seconde faillite de Jacques Rose Récamier. Contrainte par cette situation financière difficile, Juliette choisit alors de s'installer dans le couvent de l'Abbaye-aux-Bois situé rue de Sèvres à Paris, dont les religieuses louent une partie à des dames seules de la haute société.

Elle occupe d'abord un petit appartement de deux pièces au troisième étage, avant de déménager pour un autre plus vaste au premier en 1829, où elle peut disposer ses œuvres d'art comme elle le souhaite. Elle continue à recevoir et son salon devient l'un des plus importants en Europe dans le domaine de la littérature.

Présidé par Chateaubriand, à qui Juliette dévoue alors son existence, il est fréquenté par de jeunes écrivains comme Lamartine, Sainte-Beuve, Balzac, et contribue à leur reconnaissance.

 
 
F. Gérard, Corinne au Cap Misène (détail), 1819-1822, Lyon, musée des Beaux-Arts © Lyon, MBA
F. Gérard
Corinne au Cap Misène (détail), 1819-1822, Lyon, musée des Beaux-Arts
© Lyon, MBA

Corinne au cap Misène

Juliette Récamier et Auguste de Prusse commandent en 1819 à François Gérard un tableau représentant un épisode du roman de Madame de Staël Corinne ou l'Italie. Publiée en 1807, l'œuvre raconte l'idylle malheureuse entre une poétesse inspirée et célèbre, et Lord Oswald Nelvil, personnage mélancolique.

Gérard réalise une peinture de très grand format aux accents lyriques. S'il lui a été proposé de représenter Corinne sous les traits de Madame de Staël, l'artiste n'a pas souhaité se conformer à cette contrainte et a donné au personnage une apparence idéale.

Offert par Auguste de Prusse à Juliette, l'œuvre devient, dans l'appartement de l'Abbaye-aux-Bois, le témoignage du culte voué par la maîtresse des lieux à son amie défunte en 1817. Toile de fond de toutes les réceptions qui s'y déroulent, cette peinture connaît une célébrité immédiate et donne naissance à de nombreuses répliques, copies ou estampes qui vont populariser cette image.

 

6/ Derniers visages et postérité d'un mythe

R. Magritte, Perspective, Madame Récamier de David, 1951, Ottawa, musée des Beaux-Arts du Canada © Musée des beaux-arts du Canada
R. Magritte
Perspective, Madame Récamier de David, 1951, Ottawa, musée des Beaux-Arts du Canada
© Musée des beaux-arts du Canada

Âgée d'une cinquantaine d'année, Juliette ne renonce pas aux portraits, mais une certaine idéalisation de son visage est souvent perceptible dans ses représentations. Lorsqu'elle décède du choléra à soixante-douze ans, l'auteur de son dernier portrait, Achille Devéria, dessine des traits apaisés et épurés.

Plusieurs hommes de lettres qui l'ont côtoyée et aimée ont eux aussi contribué à faire de Juliette une icône. Si les biographies écrites par Benjamin Constant et Pierre Simon Ballanche sont restées confidentielles, elles ont cependant nourri le livre que Chateaubriand lui consacre, dans les Mémoires d'outre-tombe, publiés à partir de 1849. Écouter un extrait des Mémoires d'Outre-Tombe (1'20'').

Cependant, plus que les témoignages fascinés de tous les personnages de talent qu'elle a rassemblés autour d'elle, la mémoire collective retient la prolifération d'une image qui a investi l'espace public. Son style gracieux reconnaissable entre tous s'est imposé au détriment de la connaissance d'une personnalité sensible et complexe. Certains portraits sont devenus mythiques et l'un des plus célèbres, celui de David, est réinterprété par le surréaliste René Magritte, près d'un siècle après la mort du modèle.

 

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Picasso, Matisse, Dubuffet, Bacon...

Les modernes s'exposent au musée des Beaux-Arts
Visuel principal
Introduction

Le musée des Beaux-Arts conserve une très riche collection d'œuvres du XXe siècle. La collection est aujourd'hui présentée au public dans les salles d'expositions temporaires et complétée par des prêts extérieurs. Près de 200 œuvres témoignent des grands mouvements artistiques du XXe siècle. Certaines pièces, méconnues du public, longtemps conservées dans les réserves, sont aujourd'hui visibles.

 

La collection d'œuvres modernes du musée des Beaux-Arts de Lyon illustre la plupart des grands mouvements de l'art moderne :

Le fauvisme (Dufy, Marinot, Marquet)

Les avant-gardes russe et allemande (Gontcharova, Larionov, Jawlensky)

Le cubisme (Gleizes, La Fresnaye, Hayden, Survage) réunis autour du Violon de Braque (1911). D'autres artistes sont particulièrement bien représentés tels que Suzanne Valadon, Utrillo, mais aussi Bonnard, Vuillard, Chagall ou Dufy.

La figuration réaliste entre les deux guerres forme un autre centre d'intérêt de la collection : Picasso avec une série de natures mortes des années 40, dont Le Buffet du Catalan (1943), et Matisse avec Jeune Femme en blanc, fond rouge (1946) occupent une place de choix.

L'abstraction française non géométrique des années 50 et 60 : Bazaine, Manessier, Le Moal, Bryen, Geer et Bram van Velde, ainsi que Maria Helena Vieira da Silva et de Staël. Premier tableau de l'artiste à avoir été acquis par un musée français, le Paysage Blond de Dubuffet (1952) fait écho aux compositions abstraites d'Atlan, Debré et Tàpies.

Le legs exceptionnel de l'actrice Jacqueline Delubac, en 1998, a fait entrer au musée un ensemble d'œuvres de Braque, Léger, Dufy, Fautrier, Hartung, Lam, Victor Brauner, Dubuffet, Bacon, qui constituent désormais le noyau phare de cette collection. Au sein de cette donation domine la Femme assise sur la plage (1937) de Picasso.

Depuis, mentionnons le legs d'André Dubois, qui enrichit en 2005 la section du cubisme.

Cet accrochage de la collection d'art moderne du musée sera complété par :
des prêts de fondations (Dubuffet, Hartung),
de la collection de la Société Générale,
de galeries (galerie Louis Carré, galerie Louise Leiris),
de familles d'artistes (Bissière, Lardera et Germaine Richier)
- et de collectionneurs particuliers (Atlan, Rebeyrolle).


Durant l'exposition, des travaux de réaménagement sont programmés dans les espaces d'exposition permanente que les œuvres regagneront dès le printemps 2010.


Commissariat :

Sylvie Ramond, directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon, conservateur en chef du patrimoine et Laurence Berthon, attachée de conservation au musée des Beaux-Arts de Lyon.

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Parcours de l'exposition

Vingt-cinq sections thématiques, pour découvrir près d'un siècle de création, des fauves jusqu'à la figuration narrative.

Pablo Picasso, Nu aux bas rouges, 1901. Legs Jacqueline Delubac, 1997, Adagp 2009
Pablo Picasso
Nu aux bas rouges, 1901. Legs Jacqueline Delubac, 1997, Adagp 2009

1. Héritages

En ce début du XXe siècle, les jeunes artistes sont marqués par les maîtres de la génération précédente - tels Paul Gauguin et Paul Cézanne, entre autres - qui ont ouvert la voie de la modernité.

En 1901, Pablo Picasso expose chez le marchand Ambroise Vollard des paysages, des scènes montmartroises et des nus, dont le Nu aux bas rouges (1901) présenté ici. Cette prostituée n'est pas sans évoquer les univers de Henri de Toulouse-Lautrec et de Edgar Degas. À ce dernier, se réfère également le portrait de Marie Coca et sa fille Gilberte (1913) de Suzanne Valadon où la reproduction au mur d'une scène de ballet peut être interprétée comme un hommage au maître.

Cette période est pourtant marquée par l'influence grandissante de Cézanne, qui meurt en 1906. Ses dernières recherches et ses théories esthétiques imposent de nouveaux impératifs : la construction des formes dans l'espace, la déformation de l'anatomie ainsi que la fusion des figures et des éléments du paysage.

À la suite de la rétrospective de Cézanne au Salon d'automne de 1907 à Paris, Raoul Dufy et Émile Othon Friesz font du tableau l'expression lyrique d'un choc ressenti devant la nature. Friesz soumet désormais la couleur à la composition et adopte une certaine économie de tons. Il peint de grands formats, tel Le Hamac (1912), qui doit autant au regard porté sur les maîtres anciens qu'à l'observation de la nature.

 

Raoul Dufy,  Le Yacht anglais, 1906. Don anonyme, 1927, Adagp 2009
Raoul Dufy
Le Yacht anglais, 1906. Don anonyme, 1927, Adagp 2009

2. Autour du fauvisme

À Paris, en octobre 1905, des œuvres de Henri Matisse et André Derain font scandale par la violence de leurs couleurs au Salon d'Automne. La salle devient la « cage aux fauves », selon le mot ironique d'un critique. Y sont également exposés Maurice de Vlaminck, Charles Camoin, Henri Manguin et Albert Marquet, le premier cercle du fauvisme auquel s'agrègent plus tard Raoul Dufy et Othon Friesz. Le chromatisme de leurs paysages est en rupture avec la tradition : de la couleur naît le motif. Ce même principe prévaut dans le Paysage corse (1910) d'Émilie Charmy, proche de Camoin.


Lors d'un séjour au Havre avec Marquet en 1906, Dufy peint son Yacht anglais (1906) où l'intensité chromatique va de pair avec une simplicité des lignes. Fasciné par l'union de la lumière et de l'eau, Marquet trouve dans les ports et les fleuves ses motifs de prédilection. À partir de 1907, il s'engage dans la voie rigoureuse d'un certain classicisme, ne retenant que l'essentiel des formes et réduisant sa palette à des gris colorés.


L'exaltation de la couleur, qui avait été au fondement du fauvisme, caractérise aussi d'autres œuvres d'artistes contemporains, tel le paysage des Bords de la Marne (1909) d'Albert Gleizes, où le rose-orangé embrase le ciel comme l'étendue d'eau. Le vert soutenu de la barrière blanche du Moulin de la Galette (vers 1915) de Maurice Utrillo étonne chez un artiste connu jusqu'alors pour sa prédilection pour les blancs et gris.

 

Michel Larionov, Portrait d'un athlète (Vladimir Bourliouk), 1910. Acquis des héritiers de l'artiste, 1967, Adagp 2009
Michel Larionov
Portrait d'un athlète (Vladimir Bourliouk), 1910. Acquis des héritiers de l'artiste, 1967, Adagp 2009

3. Avant-garde russe

Autour de deux œuvres majeures du couple d'artistes Michel Larionov et Natalia Gontcharova, sont réunis d'autres témoignages de l'avant-garde russe des années 1910, alors que cet empire vit d'importants bouleversements sociaux et politiques.


Épris par le contexte artistique parisien qu'ils ont découvert en 1906, Larionov et Natalia Gontcharova s'inspirent également des traditions populaires de leur pays. Ces emprunts leur permettent d'obtenir une plus grande expressivité : déformations délibérées des personnages, planéité de la représentation, économie des moyens plastiques, simplification du dessin et emploi de couleurs vives sont autant d'éléments d'une créativité nouvelle.


Partagée entre l'Europe et la Russie, Alexandra Exter cherche à suggérer, dès 1913, le mouvement dans sa peinture et engage progressivement ses recherches, à partir de 1915, dans l'abstraction en explorant les possibilités visuelles de la juxtaposition de rectangles colorés.


Enfin, Kasimir Malevitch, dont l'œuvre pictural et théorique est essentiel pour les avant-gardes russe et européenne, est évoqué ici par une série de gravures de la période suprématiste où il accomplit, de même que dans la peinture, son désir de créer « au-delà du zéro des formes », un nouveau « monde sans objet ».

 

4. Couleur / abstraction

Les recherches sur la couleur et la lumière menées au 19e siècle par des physiciens et des artistes ont ouvert la voie à une nouvelle conception de l'espace pictural.


Nourri de l'ouvrage du physicien Michel E. Chevreul sur la loi des contrastes simultanés des couleurs, Robert Delaunay fait de la lumière une source d'énergie en juxtaposant des couleurs. Ses recherches le placent, dès 1913, parmi les pionniers de l'abstraction. Dans la série des Rythmes, Delaunay réinvestit la forme géométrique du cercle, déjà déclinée dans les années 1910, qu'il adaptera au décor architectural.


Sonia Delaunay traduit, elle aussi, dans sa peinture, le dynamisme de la lumière par le pouvoir expressif des couleurs pures. Tout en restant attachée à l'observation du réel, ses recherches l'incitent à s'écarter de la représentation figurative et à investir les arts appliqués et la mode.


La couleur se retrouve au cœur des préoccupations d'autres artistes qui n'en restent pas moins fidèles à une forme de figuration. Fasciné par les icônes, le peintre russe Alexej von Jawlensky fait du visage son sujet exclusif à partir de 1917, qu'il transcrit avec une rare intensité chromatique. Quant à Léopold Survage et Henry Valensi, ils recourent à la couleur pour la mettre au service d'une vision fragmentée du quotidien en mouvement.

 

Pierre Bonnard, Devant la fenêtre au Grand-Lemps, 1923. Acquis de l'artiste, 1924, Adagp 2009
Pierre Bonnard
Devant la fenêtre au Grand-Lemps, 1923. Acquis de l'artiste, 1924, Adagp 2009

5. Espace / couleur

S'écartant des préceptes du groupe des artistes Nabis réunis autour de Paul Gauguin et Paul Sérusier, Pierre Bonnard et Édouard Vuillard suggèrent des visions subjectives et intimistes, inspirées du quotidien.


Sensible, à ses débuts, aux recherches des impressionnistes et des symbolistes, Bonnard demeure surtout influencé par l'art japonais, redécouvert grâce à l'essor récent des échanges commerciaux au 19e siècle. Cet apport se lit dans le choix des thèmes, dans le format de certaines toiles - souvent proches des kakémonos (étroites peintures japonaises) comme dans Fleurs sur une cheminée au Cannet (1927) -, mais également dans le traitement de la perspective. La composition repose sur une vision empirique des plans organisés par la couleur. La confrontation non hiérarchisée de tons ou de valeurs accentue l'effet de simplification des plans.


En marge de son activité de portraitiste mondain dans les années 1920-1930, Vuillard exécute des compositions d'inspiration plus libre comme en témoigne Fleurs sur une cheminée aux Clayes (1932-1933). Dans cette nature morte, les jeux de reflets dans le miroir, la coexistence jusqu'à la confusion des niveaux de perception - mur, miroir, tableau, fenêtre - font écho aux propres recherches de Bonnard sur la fusion des plans.

 

Georges Braque, Violon, 1911. Don Raoul La Roche, 1954, Adagp 2009
Georges Braque
Violon, 1911. Don Raoul La Roche, 1954, Adagp 2009

6. Cubisme(s)

Dès 1908, Georges Braque et Pablo Picasso s'engagent dans une recherche sur la forme, le point de vue et l'espace bientôt qualifiée de cubisme par la critique. Leur recherche s'inscrit à la suite de la géométrisation des formes initiée par Cézanne ; elle sera également nourrie par la révélation des masques africains et océaniens.
Le Violon (1911) de Braque se rattache à la période du cubisme dit analytique : Braque désarticule le motif en un jeu complexe de plans traités en un camaïeu de gris, d'ocres et de bruns.


Spéculation plastique menée à deux tout d'abord, le cubisme devient vite un mouvement d'avant-garde. Au Salon des Indépendants de 1911 qui révèle le cubisme au grand public, les tableaux d'Albert Gleizes et de Roger de La Fresnaye font scandale. Leur cubisme est pourtant tempéré et plus organisé que celui de Braque et de Picasso.


En 1912, Gleizes et Jean Metzinger publient Du cubisme, ouvrage édité par Eugène Figuière dont Gleizes peint le portrait en 1911. Comme Braque et Picasso, il fragmente son sujet, sans toutefois le faire disparaître. Il introduit également dans sa composition des lettres et des mots, mais ceux-ci n'ont ici ni valeur de rébus, ni d'allégorie.


Dans Alice au grand chapeau (1912), La Fresnaye réserve à l'arrière-plan de la composition un traitement géométrique. L'équilibre entre les surfaces rectangulaires et les courbes, la distribution des grands aplats colorés, concourent à donner à cette composition une modération presque classique.

 

Albert Gleizes, Terre et ciel, 1935. Legs André Dubois, 2004 © Lyon MBA / Photo Alain Basset, Adagp 2009
Albert Gleizes
Terre et ciel, 1935. Legs André Dubois, 2004
© Lyon MBA / Photo Alain Basset, Adagp 2009

7. Autour d'Albert Gleizes

Retiré en 1926 à Serrières en Ardèche, Albert Gleizes fonde une communauté d'artistes et d'artisans à Moly-Sabata, sur la rive opposée du Rhône. Ses recherches sont imprégnées de mysticisme, nourries par son travail théorique sur la spiritualité de l'art depuis le Moyen Âge. La décoration murale constitue alors une part importante de ses préoccupations.
Au sein du mouvement international Abstraction-Création fondé en 1931, réunissant des artistes de toutes tendances de l'abstraction, Gleizes apparaît comme le partisan d'une figuration allusive, inspirée par l'art roman. Le thème de la figure en gloire, qui rappelle celle du Christ sur les tympans d'églises, apparaît dans son œuvre autour de 1934. Elle donne lieu à de nombreuses variations dont Terre et ciel (1935) constitue l'aboutissement.


Jean Chevalier et Robert Pouyaud comptent parmi les plus fidèles disciples de Gleizes à Moly-Sabata. Ils commencent par s'inspirer du système plastique élaboré par Gleizes, déclinant les « rotations » et « translations » de plans colorés. Chacun d'eux cependant s'en affranchit progressivement : en simplifiant les formes pour Pouyaud ou en se libérant des plans et des contours stricts pour Chevalier.
Les céramiques de l'Australienne Anne Dangar, qui sera l'âme de Moly-Sabata où elle résidera toute sa vie, renvoient, elles aussi, aux principes formels de la peinture de Gleizes.

 

8. Fernand Léger

Les œuvres de Fernand Léger présentes dans la collection du musée permettent de retracer certains moments de la carrière de cet artiste engagé dans la modernité.


Léger se forme à l'architecture avant d'aborder la peinture. Fortement marqué par Cézanne, il découvre en 1910 le cubisme de Picasso et de Braque et s'en distingue par une recherche systématique des contrastes de formes.


Après la Première Guerre mondiale, il développe une imagerie inspirée de la machine et du dynamisme urbain. Dès 1920, la figure refait son apparition dans ses œuvres, comme dans la suite peinte des Personnages dans un intérieur à laquelle se rattache Les deux femmes au bouquet (1921).
Dans les années 1930, ses peintures participent d'un nouveau réalisme proche des images renvoyées par les médias contemporains, qui isole l'objet dans l'espace, comme dans La Fleur polychrome (1937).
Son séjour aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale marque une nouvelle étape dans sa démarche : Léger dissocie la couleur du dessin comme en témoigne La Botte de navets (1951).
À son retour en France, il se consacre à l'illustration de sujets sociaux et revient à l'un de ses thèmes de prédilection : le monde du cirque.

 

Georges Braque Femme au chevalet, 1936.Legs Jacqueline Delubac, 1997, Adagp 2009
Georges Braque Femme au chevalet, 1936.Legs Jacqueline Delubac, 1997, Adagp 2009

9. Georges Braque / Henri Laurens

Depuis leur rencontre en 1911, en pleine période cubiste, le peintre Georges Braque et le sculpteur Henri Laurens entretiennent un dialogue fraternel qui se poursuit pendant quarante ans. Les œuvres présentées se rattachent à une période où dominent le goût et la curiosité des métamorphoses.


La sculpture de Laurens se modifie profondément à la fin des années 1920. La fascination du sculpteur pour l'élément marin et les formes végétales s'affirme dans des sculptures de plus en plus libres, mouvantes et ouvertes.


L'art de Braque connaît aussi de nouvelles formulations dans les années 1930 : la ligne et le dessin reprennent le dessus, telle la silhouette de la Femme au chevalet (1936), qui impose le dessin, enfermant la couleur dans des contours découpés comme des figures de cartes à jouer. Ce tableau n'est cependant pas sans révéler des réminiscences cubistes dans la fragmentation de l'espace en plans, la superposition du visage et du profil et même dans l'adjonction de sable à la matière picturale.

 

Pablo Picasso, Le Buffet du Catalan, 30 mai 1943. Don de l'artiste, 1953
Pablo Picasso
Le Buffet du Catalan, 30 mai 1943. Don de l'artiste, 1953

10. Pablo Picasso

Outre l'exceptionnel tableau, Femme assise sur la plage (1937) présenté dans l'exposition, le bel ensemble d'œuvres de Pablo Picasso que possède le musée compte quelques natures mortes réalisées au moment de la Seconde Guerre mondiale.


À l'automne 1939, Picasso peint une série de têtes de mouton écorchées. Nourri de la tradition picturale des vanités espagnoles du 17e siècle et de la force d'inspiration de Francisco de Goya au 19e siècle, Picasso s'empare de ce genre dans le contexte du drame de la guerre civile espagnole et de l'émergence d'un nouveau conflit mondial.


De retour à Paris en 1940, Picasso réinvestit son atelier de la rue des Grands Augustins. Dans cette rue, il a ses habitudes, notamment au restaurant nommé Le Catalan, tenu par un compatriote. En 1943, il représente à deux reprises la desserte brune à volutes qui trône dans la salle. En ces années grises de l'Occupation, le meuble revêt une signification toute particulière avec un compotier de cerises stylisé, celui-là même que Picasso tendit à sa future compagne, Françoise Gilot.


Picasso devait peindre des crânes humains pendant toute la durée de la guerre, jusqu'aux années de la Libération comme en témoigne la Vanité de 1946. Emblème de l'inanité de l'existence humaine, la tête de mort est associée ici à un symbole de vie tel que la lampe à pétrole.

 

11. Henri Matisse


La guerre, et peut-être encore davantage la très grave opération qu'il subit à Lyon en 1941, marquent une césure importante dans l'œuvre de Henri Matisse : surnommé à l'hôpital « le ressuscité », l'artiste se considère véritablement comme gratifié d'une seconde vie et du même coup libéré de ses recherches passées.


En 1941-1942, il se consacre presque exclusivement à ses Thèmes et Variations, dix-sept séries réunissant au total 158 dessins. Chaque série débute par un dessin généralement exécuté au fusain que suivent d'autres développements à la plume.


À la même époque que la série de dessins Femme assise dans un fauteuil (1942), Matisse fait don au musée de Lyon de plusieurs livres illustrés. Il vient alors d'inventer en 1943 pour les planches du livre Jazz un nouveau procédé à la gouache découpée, qui lui permet de « tailler à vif » dans la couleur.


De 1946 à 1948, Matisse se consacre à la série peinte des Intérieurs de laquelle Jeune Femme en blanc, fond rouge (1946) peut être rapprochée. Alors qu'il parvient à résoudre enfin le conflit entre le dessin et la couleur, Matisse donne une nouvelle conception de l'espace défini par les seules ressources de la couleur, cherchant inlassablement à créer « un art d'équilibre, de pureté, qui n'inquiète ni ne trouble ; [pour] que l'homme fatigué, surmené, éreinté, goûte devant ma peinture le calme et le repos. »

 

Gino Severini, La Famille du peintre, 1936. Acquis de l’artiste, 1939 © Lyon MBA / Photo RMN R.-G. Ojéda, Adagp 2009
Gino Severini
La Famille du peintre, 1936. Acquis de l’artiste, 1939
© Lyon MBA / Photo RMN R.-G. Ojéda, Adagp 2009

12. Retour à la figuration

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans le contexte d'une société qui tente de se reconstruire, le cubisme s'essouffle ; l'impératif est au « retour à l'ordre ». Les emprunts à la tradition - parfois teintés de nationalisme - caractérisent ce mouvement qui incite les artistes à envisager de nouveau la figuration, à reconsidérer les maîtres anciens et le « beau métier ».

André Derain, qui a été l'un des acteurs du fauvisme, devient l'un des protagonistes majeurs de ce courant en France. Un voyage en Italie en 1921 le conduit aux sources du classicisme, notamment à Raphaël. Derain cultive alors un style résolument figuratif : ses portraits sont détaillés, psychologiques et soucieux de l'apparence du modèle.

Lorsqu'il se représente en 1936 aux côtés de sa femme et de sa fille aînée, Gino Severini reprend la frontalité solennelle des visages byzantins et l'expression fixe des portraits funéraires antiques. Que reste-t-il de l'esprit futuriste dont Severini a été l'une des principales figures en Italie ?

Le Portrait de l'artiste (1926) de Léonard-Tsuguharu Foujita témoigne d'un attachement intrinsèque au métier. Ayant quitté en 1913 son Japon natal pour s'établir à Paris, l'artiste conjugue deux formes d'expression : les éléments d'un savoir-faire extrême-oriental et des procédés de la peinture occidentale.

 

Georges Rouault, Pierrot, Vers 1938-1939. Legs Jacqueline Delubac, 1997 © Lyon MBA / Photo RMN Ojéda-Le Mage, Adagp 2009
Georges Rouault,
Pierrot, Vers 1938-1939. Legs Jacqueline Delubac, 1997
© Lyon MBA / Photo RMN Ojéda-Le Mage, Adagp 2009

13. Georges Rouault

La collection du musée de Lyon est riche de quatre œuvres de cet artiste en marge des courants contemporains.
Élevé à Paris dans un milieu d'artisans, Georges Rouault est apprenti verrier à l'âge de 14 ans. Initié à l'art par son grand-père, il développe peu à peu une passion pour la peinture et entre à l'École des Beaux-Arts de Paris, où il devient l'élève de Gustave Moreau de 1891 à 1895. Ces années de formation sont décisives pour le jeune peintre. Mais après la mort de son maître, Rouault traverse une crise morale profonde.


À partir de 1901, ses liens avec les écrivains catholiques Léon Bloy et Joris-Karl Huysmans donnent à son travail une nouvelle signification : il se livre désormais à la description tragique des laissés pour compte de la société. Son œuvre est sous-tendu par son expérience morale et humaine. Le retour aux thèmes religieux s'opère à partir de 1916, par l'exécution de suites gravées, notamment Miserere et Guerre.


À la fin des années 1930, ses figures de Christ et de Pierrot ainsi que ses portraits atteignent une majesté archaïsante suggérée par le hiératisme des figures, la simplification des formes et l'épaisseur de la matière picturale. Comme dans un vitrail, la couleur crée sa propre lumière.

 

14. Lumière

À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la recherche sur la couleur s'apparente parfois à une quête de la lumière.


Pour Marc Chagall, la couleur demeure une composante essentielle, même dans les heures les plus sombres. Se référant au bestiaire russe, Le Coq (1947) est une œuvre hautement autobiographique : dominant un village (Vitebsk ?) dans la nuit, l'oiseau lumineux prend appui sur une palette et abrite dans son plumage l'image d'un couple et le visage du peintre. Ces éléments, ainsi qu'une mariée en rouge, sont peut-être un hommage à sa femme, Bella, récemment disparue.


Si Écuyère haute école (1951) manifeste l'intérêt de Jacques Villon pour le thème équestre, le tableau se caractérise par la liberté de son graphisme et le raffinement du coloris. Le dynamisme de la composition résulte d'une combinaison d'aplats de couleurs acides et d'un fractionnement de l'apparence du sujet dont la course s'achève dans un halo lumineux.


Le Cargo noir (1952) de Raoul Dufy est la version la plus aboutie parmi la trentaine d'œuvres consacrées à ce thème, abordé au soir de sa vie. Elle est une expression de sa conception paradoxale de la lumière. Le peintre la définit ainsi : « le soleil au zénith, c'est le noir : on est ébloui ; en face, on ne voit plus rien ». Cette théorie de l'aveuglement est l'une des préoccupations majeures de Raoul Dufy. La recherche sur la lumière est déjà primordiale dans L'Atelier aux raisins (1942) qui se double d'un dialogue entre le peintre et son œuvre.

15. Surréalisme(s)

Cette section réunit des artistes qui, à des degrés divers, ont participé au mouvement surréaliste. Défini par le poète André Breton en 1924, le surréalisme prône un « automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer le fonctionnement réel de la pensée en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique et morale ».
En février 1937, Pablo Picasso reprend le thème des baigneuses, qu'il a déjà traité dans les années 1920. Cependant, celles de 1937 ne sont plus des femmes extraverties jouant sur la plage. Ce sont des personnages repliés sur eux-mêmes comme des figures de la mélancolie.


De retour en France en 1945 après son exil américain, André Masson peint des toiles qui reflètent encore l'angoisse liée à la guerre : Niobé (1947), personnage de la mythologie grecque, rend hommage à la figure maternelle en deuil de ses enfants.


D'autres artistes, tel Wifredo Lam, s'inscrivent aussi parmi les « explorateurs de l'inconscient », se risquant à une synthèse entre des images archaïques inspirées de cultures lointaines et ce qu'ils ont appris de Picasso et des surréalistes.

 

Etienne-Martin, Pietà, 1944-1945. Bois d'olivier. Acquis d'un collectionneur, 2008 © Lyon MBA / Photo Alain Basset, Adagp 2009
Etienne-Martin
Pietà, 1944-1945. Bois d'olivier. Acquis d'un collectionneur, 2008
© Lyon MBA / Photo Alain Basset, Adagp 2009

16. Trauma

Comment exprimer l'angoisse ressentie devant la montée des périls, comment peindre la guerre ? Quelles que soient leur nationalité et leurs expériences personnelles, de nombreux artistes tentent de répondre à ces questions.

Lorsqu'il représente en 1939 une sorte de caverne labyrinthique enfouie dans le sol, l'artiste anglais Paul Nash ne fait-il pas allusion à l'angoisse des tranchées de la Première Guerre mondiale, dont il a fait l'expérience en tant que peintre officiel ?

Le Désastre (1942) de Maria Helena Vieira da Silva, peintre d'origine portugaise, fait référence au bombardement d'une gare en Pologne. Le fractionnement de l'espace crée un sentiment de discontinuité et de vertige à l'image de l'effroi qui s'est emparé de la foule.

Pour exprimer la douleur, Henry de Waroquier reste fidèle aux modes de représentation allusive. Dans les années 1930, ce thème est essentiel pour l'artiste qui « [s']oblige à poursuivre sur les visages les traces de la douleur comme le signe le plus humain de la beauté ».

C'est aussi une expression intemporelle de la souffrance que tend à exprimer Étienne-Martin dans la Pietà (1944-1945). La représentation de ce thème chrétien associé à des sources formelles océaniennes renforce l'expressivité de cette œuvre.

Réalisée durant l'exil américain de l'artiste, La Prisonnière (1943) de Ossip Zadkine crie l'enfermement des prisonniers, l'effroi du silence.

 

17. Au-delà des apparences

Cette section présente des artistes d'origines diverses dont les recherches oscillent entre l'abstraction et la figuration et dont l'organisation des compositions repose sur un jeu de formes ou de motifs colorés.
D'origine juive, né en Algérie, Jean Atlan décide en 1944, après deux années d'enfermement, de se consacrer pleinement à la peinture. Cherchant à traduire des pulsions telluriques originelles, il enchaîne des formes mystérieuses, évocatrices de l'organique et du végétal, dans une gamme de tons terreux.


Immigré russe, Serge Poliakoff porte une attention passionnée à Cézanne et à Monet dès son arrivée à Paris en 1923. Il élabore un espace pictural resserré et plat, fait de formes uniquement suggérées par les couleurs. Cette disposition frontale de tons forme une étendue que le regard est invité à parcourir.


Originaire de Lisbonne, Maria Helena Vieira da Silva s'établit à Paris en 1928. Ses recherches portent sur la fragmentation de l'espace, structuré par des agencements qui rappellent les azulejos (carreaux de céramique portugais). La Véranda (1948) apparaît tel un caisson de lignes colorées convergentes, dont l'imbrication formelle peut générer un sentiment d'angoisse.


Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Roger Bissière se retire dans le Lot et cesse de peindre pour renouer avec les gestes les plus humbles. Quand il reprend la peinture en 1944, il rejette ses recherches initiales pour puiser intégralement son inspiration aux sources de la nature.

 

Jean Bazaine, Les Comédiens, 1947. Galerie Louis Carré & Cie, Paris © Paris galerie Louis Carré
Jean Bazaine
Les Comédiens, 1947. Galerie Louis Carré & Cie, Paris
© Paris galerie Louis Carré

18. Non-figuration

Pendant l'Occupation, une nouvelle forme d'expression voit le jour : l'abstraction dite lyrique. Cette tendance est révélée en 1941, à Paris, lors de l'exposition « Jeunes Peintres de Tradition Française ». Organisée par le peintre Jean Bazaine, elle réunit notamment Jean Bertholle, Jean le Moal et Alfred Manessier, qui préfèrent se désigner eux-mêmes comme non figuratifs, plutôt qu'abstraits.

Refusant une abstraction qui lui semble « une géométrie sans vie », Bazaine aspire à un acte de peindre qui soit comme « le geste de la nature ». Il cherche d'abord à remettre en question l'apparence des choses et adopte une structure colorée qui, vers 1942-1943, doit beaucoup aux vitraux de Chartres et à la leçon de Bonnard et de Matisse.

Peintre de paysage, Manessier est fasciné par la lumière qui transfigure le réel, particulièrement celle de la baie de Somme, son pays natal. Connu pour ses engagements de nature politique, Manessier travaille également pour le renouveau de l'art sacré par la création de vitraux. Quel que soit le domaine abordé, il demeure fidèle à son refus de la représentation illusionniste pour privilégier la couleur et la structure.

Dans les années 1930, comme Manessier, Le Moal et Bertholle cèdent à l'influence conjuguée du surréalisme et de Picasso. Après 1945, ces deux influences s'estompent dans leur œuvre au profit d'une abstraction qui tend à privilégier les lignes de force des motifs choisis.

 

Jean Fautrier, My Fair Lady, 1956. Legs Jacqueline Delubac, 1997 © Lyon MBA / Photo RMN Ojéda-Le Mage, Adagp 2009
Jean Fautrier
My Fair Lady, 1956. Legs Jacqueline Delubac, 1997
© Lyon MBA / Photo RMN Ojéda-Le Mage, Adagp 2009

19. Matière

En 1945, le peintre Jean Fautrier présente à Paris la série des Otages, œuvres peintes entre 1942-1943 sous le choc de plusieurs exécutions dont il a été le témoin. Pour exprimer ce qu'il considère comme infigurable, Fautrier expérimente avec cette série une technique nouvelle, travaillant la matière par couches épaisses de blanc d'Espagne, d'huile et de colle. S'opposant au concept d'une peinture « informelle », le peintre exécute dans les années 1950 des séries de peintures aux sujets identifiables comme celle des Nus de 1956, dont les titres sont empruntés au jazz et au music-hall, et à laquelle se rattache My Fair Lady (1956).


Ce traitement par la matière du corps féminin se retrouve aussi dans le plâtre de La Sauterelle (1933) d'Étienne-Martin, figure archaïque au port altier, qui n'est pas sans évoquer la statuaire égyptienne. Le sculpteur y voit la Femme-Mère, la déesse-terre des forces telluriques, maîtresse des lignages. Fortement sexuée, elle contraste d'autant plus avec la Femme debout (1936) de Jean Le Moal, toute linéaire.

 

Bram van Velde, Sans titre (Le Cheval majeur), Montrouge, 1945. Acquis avec l’aide du Fonds Régional d’Acquisition des Musées (FRAM), 2008 © Lyon MBA / Photo Alberto Ricci, Adagp 2009
Bram van Velde
Sans titre (Le Cheval majeur), Montrouge, 1945. Acquis avec l’aide du Fonds Régional d’Acquisition des Musées (FRAM), 2008
© Lyon MBA / Photo Alberto Ricci, Adagp 2009

20. Spatialité

L'œuvre des frères Bram et Geer van Velde, d'origine hollandaise, s'est développé sur la scène artistique française en marge des courants esthétiques de leur époque.

Au cours des années 1930, Bram se détache progressivement de la figuration. La composition Le Cheval majeur (1945) est caractéristique de ce processus de défiguration : aucune allusion au monde visible ne transparait désormais de la toile malgré son titre posthume.

Dès 1944, Geer s'oriente vers l'abstraction sans renoncer à l'observation du réel. De cette oscillation entre figuration et abstraction témoigne la série des Ateliers des années 1948 et 1952, très architecturée, où le travail du dessin vient encore structurer la toile. À la fin des années 1950, la relation de l'intérieur et de l'extérieur, déjà abordée dans les années 1940, inspire des compositions - comme celle de 1957 - où la couleur gagne en autonomie.

Un autre peintre, Joseph Sima, s'est attaché, lui aussi, au processus de dématérialisation du sujet, comme en témoigne Champs (1963), dont l'aspect onirique est suggéré par des formes diaphanes.

À sa manière, Germaine Richier explore en sculpture la question de l'espace dans Le Griffu (1952) dont les extrémités sont reliées par un filet linéaire. Ce n'est pas tant le caractère inquiétant de cette figure, que le déploiement spatial de celle-ci, qui retient l'intérêt de l'artiste.

 

21. Noir / signe

Dans les années 1950, le recours au noir rejoint une autre problématique plastique majeure, celle du signe.

Dès 1922, Hans Hartung expérimente dans des dessins à l'encre et au fusain un mode d'expression abstraite, où le geste est la trace de l'expérience vécue de l'artiste.
Dans ses Signes-personnages (de 1945 à 1990), Olivier Debré, à l'instar de Hartung, cherche à projeter « dans des formes qui devenaient évidentes, cette chaleur que l'on aurait en soi ».

La majestueuse Cathédrale (1955) de Nicolas de Staël se construit par l'imbrication de deux plans : l'un défini par des harmonies lisses de noir et de bleu, l'autre constitué d'une mosaïque de formes, vigoureusement brossées de blanc.
Frédéric Benrath, quant à lui, peint un espace méditatif d'où toute trace de geste a disparu : seuls un jeu de lumière et d'infimes variations de la surface animent la toile.

Renonçant à toute référence, Antoni Tàpies privilégie la matière, réduisant les formes à l'apparence de signes et simplifiant sa palette colorée.

Proche de Tàpies, la peinture de Paul Rebeyrolle se veut, à travers sa matérialité et sa violence, un hommage parodique aux maîtres anciens.

D'autres artistes appliquent les recherches sur le signe à l'intégration de la sculpture dans l'espace public : ainsi l'abstraction allusive de François Stahly et le purisme des formes de Marta Pan. Berto Lardera, quant à lui, s'intéresse à l'occupation dynamique du vide en jouant sur l'interprétation et la transparence des plans.

 

Jean Dubuffet, Paysage blond, Mai-juillet 1952. Acquis de l'artiste, 1956 © Lyon MBA / Photo Alain Basset, Adagp 2009
Jean Dubuffet
Paysage blond, Mai-juillet 1952. Acquis de l'artiste, 1956
© Lyon MBA / Photo Alain Basset, Adagp 2009

22. Jean Dubuffet

En 1942, Jean Dubuffet quitte définitivement le négoce en vin pour se consacrer pleinement à la création. Il s'engage alors volontairement dans une recherche expérimentale, adoptant une manière proche des expressions enfantines ou des graffiti, prônant une ignorance délibérée des codes de l'art. Il triture et incise la matière, explorant tous les possibles, dans une attitude iconoclaste.


Le travail de la matière devient le sujet même des Paysages du mental qu'il réalise en 1952 et auxquels se rattache Paysage blond (1952) présenté ici. L'équivoque est reine dans ce grand paysage désertique dont il est difficile de savoir s'il s'agit d'une vue aérienne ou d'une coupe géologique. Premier tableau de Dubuffet à entrer dans une collection publique en France, le Paysage blond a été acquis en 1956 par le musée grâce à l'obstination du critique René Deroudille et de l'artiste Philippe Dereux.


Le Verre d'eau V (1967), qui fait partie de l'exceptionnel legs de Jacqueline Delubac, se rattache au cycle de L'Hourloupe réalisé entre 1962 et 1974. Dubuffet fait alors l'inventaire du monde au moyen d'un vocabulaire réduit à des formes cernées de noir et hachurées de blanc, de bleu ou de rouge, qu'il décline en dessin, peinture, sculpture, architecture et spectacle. Dans cet esprit, il réalise plusieurs séries inspirées par des objets de la vie quotidienne, notamment ce Verre d'eau , ultime version de ce thème, qu'il traite de manière monumentale.

 

Gaston Chaissac, Totem, 1961. Don de la veuve de l’artiste, 1968 © Lyon MBA / Photo Alain Basset, Adagp 2009
Gaston Chaissac
Totem, 1961. Don de la veuve de l’artiste, 1968
© Lyon MBA / Photo Alain Basset, Adagp 2009

23. Primitivismes

Parmi les tendances primitivistes qui se font jour autour de 1945, en réaction aux horreurs du récent conflit mondial, il en est une qui fait appel à la fois aux arts populaires et aux productions marginales.


Issu d'une famille modeste d'artisans, Gaston Chaissac est très informé de l'art de son temps mais se tient à l'écart de toute tendance artistique en accomplissant son œuvre dans une solitude presque totale. Ses premiers totems apparaissent en 1954, le plus souvent à partir de planches de bois récupérées d'une scierie voisine. Celui de Lyon se présente comme un puzzle monumental de formes abstraites d'où émerge un visage (Exposition Gaston Chaissac au musée de Grenoble).


Pierre Bettencourt découvre la création plastique en chassant, avec Dubuffet, le papillon qu'il considère comme « son premier maître à peindre, car il est un modèle de métamorphose ». La littérature, qui est sa vocation première, est également une source d'inspiration. Ses nombreux voyages façonnent son imaginaire et l'invitent à utiliser des matériaux trouvés dans la nature, comme en témoigne La Prise de Constantinople (1965).


Familier du surréalisme et du groupe CoBrA, Jean Raine se consacre, parallèlement à l'écriture, plus régulièrement à la peinture à partir de 1957 et exécute de grandes encres sur papier, son support de prédilection. Il donne alors naissance à un bestiaire primitif de monstres comme celui qui anime La Proie de l'ombre (1966).

 

24. Animalité

Francis Bacon affirme vouloir faire « la peinture la meilleure du cri humain ». Fasciné par la figure humaine depuis ses débuts en 1944, l'artiste britannique la soumet encore à toutes les déformations à la fin de sa carrière.


En 1969, Bacon peint trois Étude(s) pour une corrida. Ce thème lui a peut-être été suggéré par son ami Michel Leiris, auteur de livres sur la tauromachie, ou encore par Pablo Picasso, auquel Bacon s'est souvent référé dans son œuvre. Isolés dans un cercle à l'image de l'arène, le torero et le taureau sont représentés dans un combat fusionnel dont le mouvement est suggéré par un jeu de courbes. En brossant sa toile, Bacon a fait perdre à la tête sa forme humaine, lui donnant en retour des traits d'animalité. Dans la tribune, la présence d'un étendard nazi, donne à la composition une signification politique incertaine.


Dans Carcasse de viande et oiseau de proie (1980), Bacon renoue avec un thème classique de l'histoire de l'art qu'il a déjà plusieurs fois abordé : celui du bœuf écorché, magistralement traité par Rembrandt au 17e siècle ou Chaïm Soutine au XXe siècle. Dédoublée dans le tableau, la cage concentre le regard du spectateur sur la carcasse de viande et le rapace aux ailes déployées.


En regard, Le Cerbère (1977) d'Étienne-Martin repose aussi sur l'ambiguïté de la puissance animale, dont la difformité inquiétante se double, dans le cas présent, d'une pesante massivité.

 

25. Figuration narrative

L'impact du Pop art américain donne naissance, en France, à une peinture baptisée « Figuration narrative » lors de l'exposition manifeste « Mythologies quotidiennes », présentée au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris en 1964. Réfutant l'art abstrait, puisant leur inspiration dans le monde quotidien et l'imagerie populaire, les artistes de ce mouvement se livrent à une peinture qui dénonce les dérives politiques et sociales des années 1960. Ils créent une esthétique froide et directe, mêlant le plus souvent, à très grande échelle, des procédés de reproduction photographique à des aplats de couleur fortement cernés.


À partir d'une image de magazine liée à l'actualité politique, Bernard Rancillac rend compte de la révolution culturelle chinoise imposée par Mao-Tsé-Toung, alors que Jacques Monory s'inspire du roman noir de série B qu'il traite dans une monochromie bleue conférant une impression d'intemporalité.


Valerio Adami, Eduardo Arroyo, Erró ou Hervé Télémaque témoignent d'une palette d'inspiration et d'expression étendue, détournant des motifs de la bande dessinée et de la publicité, empruntant au tract politique ou pastichant de grands maîtres, tel Picasso dans le tableau d'Erró.

Bloc dossier de l’exposition

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Bram et Geer van Velde

Deux frères, un nom
Visuel principal
Bram van Velde, Sans Titre ; Montrouge,
Bram van Velde,
Sans Titre ; Montrouge, 1937-1938.
Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset
Introduction

Le musée des Beaux-Arts de Lyon propose un regard croisé sur deux artistes majeurs du XXe siècle, les frères Bram van Velde (1895-1981) et Geer van Velde (1898-1977). L'exposition analyse et confronte la peinture des deux frères d'origine hollandaise. Comment se sont-ils affranchis de toutes références artistiques pour exprimer leur propre individualité ? Pourquoi l'un s'écarte du réel et des codes habituels de la peinture quand l'autre demeure fidèle au cubisme ?

Cette exposition s'impose particulièrement à Lyon. Depuis 2004, ces deux artistes sont largement présents au sein du musée grâce aux différents achats, dépôts et des dons.

 

Unis par leur nom et un déracinement qui les a longtemps rapprochés, les frères van Velde sont entrés et ont cheminé dans l'histoire de l'art du XXe siècle grâce à deux œuvres aussi différents que caractéristiques.

L'aîné, Bram, est vu aujourd'hui comme celui qui s'est détaché de toute représentation figurative, alors que son cadet, Geer, est considéré comme un modulateur des leçons de Picasso et de Braque. L'un serait plus nordique et gestuel, l'autre plus français et constructeur.

L'exposition proposée ici nuance ce schéma que la critique, depuis les années 1930, a inlassablement décliné.

La relation fraternelle fut étroite et même fondatrice. Elle fait penser à bien des égards à certains couples, paires ou fratries de l'histoire de l'art : Giorgio de Chirico et Alberto Savinio ; la famille Duchamp ; Alberto, Diego et Bruno Giacometti ; Pierre Klossowski et Balthus ; Sophie Taeuber et Hans Arp ; Robert et Sonia Delaunay.

L'exposition propose d'explorer ce rapport, d'éclairer ce que chacun pourrait devoir à l'autre dans son cheminement vers soi-même.


Commissariat :

Sylvie Ramond, directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon, conservateur en chef du patrimoine,
et Rainer Michael Mason, historien de l'art et chargé du catalogue raisonné de l'œuvre de Bram van Velde.

Du 17 avril 2010 au 2 août 2010
Information horaires

Exposition ouverte du mercredi au lundi de 10h à 18h, le vendredi de 10h30 à 18h00.
Fermée les mardis et jours fériés. 

 

Bloc contenu

Parcours dans l'exposition

Bram van Velde, Portrait de Geer van Velde (?), La Haye (?), 1915-1920 (?) La Haye, collection particulière © La Haye, coll. part. /Photo Patrick Goetelen
Bram van Velde
Portrait de Geer van Velde (?), La Haye (?), 1915-1920 (?) La Haye, collection particulière
© La Haye, coll. part. /Photo Patrick Goetelen

1/ Bram et Geer | 1915-1922 | LA HAYE

Les bases du métier, la convention

Employés tous deux très jeunes dans une firme de peinture et de décoration à La Haye, Bram et Geer développent leur goût des Beaux-Arts.
Se perfectionnant dans la technique de la peinture à l'huile, ils explorent les genres traditionnels du portrait et de la nature morte, avec le réalisme propre à l'esthétique hollandaise bourgeoise.
Le travail de la matière, le jeu des lumières et des contrastes dans certaines peintures ouvrent pourtant à des recherches plus audacieuses.

 

2/ Bram | 1922-1924 | WORPSWEDE

L'entrée dans la modernité, l'expressionnisme

À l'initiative de son patron, Eduard H. Kramers, Bram se rend en Allemagne pour développer sa culture picturale.
Il se fixe dans un village au nord, qui abrite une colonie d'artistes que le poète Rainer Maria Rilke avait célébrée au début du siècle. Le climat nourri d'art et d'amitié donne à Bram l'impulsion déterminante.

Puisant ses sujets dans le quotidien, laissant parler la couleur et la touche large qui amène la forme, le jeune homme adhère aux leçons des peintres des générations précédentes : Vincent van Gogh et Edvard Munch, deux artistes aux origines de l'expressionnisme, et Emil Nolde, figure importante de ce courant artistique qui met la subjectivité de l'artiste au cœur de la représentation.

Vincent van Gogh et Edvard Munch, deux artistes aux origines de l'expressionnisme, et Emil Nolde, figure importante de ce courant artistique qui met la subjectivité de l'artiste au cœur de la représentation.

Vincent van Gogh et Edvard Munch, deux artistes aux origines de l'expressionnisme, et Emil Nolde, figure importante de ce courant artistique qui met la subjectivité de l'artiste au cœur de la représentation.

Vincent van Gogh et Edvard Munch, deux artistes aux origines de l'expressionnisme, et Emil Nolde, figure importante de ce courant artistique qui met la subjectivité de l'artiste au cœur de la représentation.

 

Bram van Velde, Figure de femme, en rouge, Corse, 1930, Pays-Bas, collection Van Toledo © Pays-Bas, coll. part. / Photo Ed Brandon
Bram van Velde
Figure de femme, en rouge, Corse, 1930, Pays-Bas, collection Van Toledo
© Pays-Bas, coll. part. / Photo Ed Brandon

3/ Bram | 1924-1931 | PARIS, LA CORSE, PARIS

La recherche des repères, l'essai des possibles

À Paris, sur un nouveau terrain culturel, Bram cherche à s'orienter. Il tâtonne, change de motifs, multipliant les bouquets de fleurs, passant ensuite aux vues de Chartres et de la banlieue, aux manèges, aux évocations oniriques, enfin aux figures tutélaires féminines et aux natures mortes à la fenêtre.

Il traverse une phase « naïve », frôle l'impressionnisme et se soustrait à la leçon de Picasso. Découvrant les œuvres de Matisse, il reçoit la révélation de ses couleurs et travaille la construction d'un espace qui déjoue les règles de la perspective en rabattant les objets sur la surface de la toile.
En Corse lumineuse, Bram commence à mettre au point un langage plus personnel.

 

4/ Geer | 1925-1930 | PARIS

Un monde nouveau, un regard naissant

À Paris, où il rejoint son frère en 1925, Geer semble traverser tout d'abord une phase « naïve ».
Tandis que Bram s'aventure dans des paysages urbains aussi colorés qu'innocents, Geer imagine des situations paysannes, des scènes de village. Les personnages et le décor jouent ensemble, sans souci de proportions ni de réalisme. Une influence du peintre  russe Marc Chagall, alors établi à Paris, n'est pas à exclure, même si rien aujourd'hui ne permet de dire que Geer connaissait son œuvre.

Les foires, manèges et kermesses, qui captivent les deux frères un peu plus tard, traduisent une conception plus exigeante de la peinture, mais l'esprit populaire y est toujours présent dans le choix des thèmes.

Geer van Velde, Apparition, vers 1928-1929 (?) France, collection particulière © France, coll. part. / Photo Gilles Allais
Geer van Velde
Apparition, vers 1928-1929 (?) France, collection particulière
© France, coll. part. / Photo Gilles Allais

5/ Geer | 1927-1929 | PARIS

En quête d'une nouvelle écriture

Geer se lance dans diverses tentatives qui témoignent de son tempérament de peintre. C'est également l'époque où il commence, avec Bram, à exposer.

Les Danseuses, « toile remarquable », selon une revue de l'époque, est une peinture hardie, qui dépasse les recherches cubistes du début du siècle. La gestualité dénote même une belle avance sur ce que deviendra la peinture après la Seconde Guerre mondiale. L'alliance du dessin et de la matière colorée en fait jaillir une énergie saisissante.
Mais Geer va bientôt dépouiller sa vision. Apparitions, le surgissement de trois faces mêlées aux plages de blanc, de bleu, d'ocre et de jaune, comme étendues par nappes sur la toile, révèle aux yeux d'un critique de 1929 « une vie profonde et cachée ». Un autre horizon s'ouvre

 

6/ Bram | 1932-1936 | MAJORQUE

La synthèse radieuse avant la naissance à soi-même

À Majorque, où il restera jusqu'au début de la guerre d'Espagne, Bram s'écarte de plus en plus de la figuration, tout en gardant appui sur ce qu'il voit. La représentation du monde extérieur semble absorbée dans un jeu d'imbrications, de plages et de recouvrements déjà distinctifs de son « style ». La fenêtre s'est ouverte sur la peinture pure et un fait plastique qui cherche à exprimer une vision intériorisée.
Seule une dizaine de toiles subsistera de cette période.

7/ Bram | 1937-1940 | PARIS

Images intérieures

Étapes remarquables vers le renoncement à la figuration, deux toiles ici présentées offrent encore l'aveu reconnaissable de visages archaïques, comme en écho à l'art africain.
Puis viennent les premières grandes gouaches. Les surfaces planes et vivement colorées restent souples, innervées par quelques cheminements du pinceau qui sertissent les formes.

Les compositions sont encore parfois hantées par un œil, ou la ligne d'un profil, mais elles perdent pourtant l'ancrage dans l'apparence des choses visibles. L'artiste écrira quarante ans plus tard : « J'ai continué à chercher des images plus intérieures - moins le visible, mais plutôt ce qu'on ne peut pas voir, l'image intérieure. Enfin, toute l'évolution était dans cette direction : se détacher du réel et trouver la vraie image ».
L'assemblage de formes en configurations encore insolites, se détachant sur des fonds plus sombres, donne alors un tour presque définitif au langage pictural de Bram.
 

8/ Geer | 1930-1935 ? | PARIS

Vers la simplification figurative

Les figures solidement bâties et colorées de Geer vont s'infléchir progressivement dans une vision à la fois plus intime et plus douce. L'atelier, la palette et les pinceaux deviennent les motifs privilégiés de compositions qui évoluent vers une abstraction faite de chiffres-couleurs couchés dans de larges champs et qui semblent annoncer une forme d'abstraction qu'adoptera après la Seconde Guerre mondiale l'œuvre d'un Nicolas de Staël.
 

Geer van Velde, Méditerranée, 1941 © Amsterdam, collection Th. M. de Boer / Photo Tom Haartsen
Geer van Velde
Méditerranée, 1941
© Amsterdam, collection Th. M. de Boer / Photo Tom Haartsen

9/ Geer | 1935-1946 | CAGNES-SUR-MER, CACHAN

L'éblouissement marin, les gréements du visible 

Après avoir retenu quelques reflets abstraits de la réalité, Geer, qui s'est établi dès 1938 à Cagnes-sur-Mer, s'installe à sa fenêtre pour capter figures, natures mortes et vues marines dans un réseau de lignes de forces articulant des plans colorés, un peu à l'instar d'un vitrail.

De retour à Paris, la vision de la mer ne le quitte pas et se mêle à celle de l'atelier, un espace qu'il va désormais inlassablement parcourir. Les titres des œuvres qui, auparavant, restaient évocateurs, se réduisent désormais à un seul mot ouvert, à connotation plastique autant que musicale : Composition.
 

10/ Bram | 1945-1946 | MONTROUGE

Après la traversée silencieuse de la Guerre

À partir de 1941, Bram n'a « plus la force de poursuivre son œuvre » et on sait mal comment il passe la période de l'Occupation. À la Libération, il reprend la peinture et une exposition est prévue par le galeriste lyonnais Marcel Michaud à Paris.

Les premières gouaches de cette nouvelle période poursuivent la démarche des années 1930, tout en précisant un dispositif de formes ajustées, souvent triangulaires et aux couleurs contrastées, tenues ou traversées par des cernes linéaires.
 

10bis | Geer | 1946 | CACHAN

La Méditerranée

De nombreuses petites études (gouaches, dessins) aboutissent à deux grandes toiles très identiques de composition, que Geer nomme simplement Méditerranée, et qui synthétisent, avec quelques objets dressés devant l'horizon (voile, table, plage, tableau), la recherche d'un équilibre, la sensation du bleu de l'air et la densité de la lumière du Sud.    
 

11/ Geer | 1928-1932 ? | PARIS

Une technique fruste, une expression presque violente.

Arbres, bouquets, paysages, soleils en feu jetés à même le papier par la gouache qui sort directement des tubes, constituent chez Geer une période difficile à situer chronologiquement, mais dont la vivacité chromatique et le raccourci du dessin affirment un incroyable moment d'invention débridée.
 

11bis/ Bram | 1937-1941 | MONTROUGE

Le langage autonome

Deux modalités d'occupation de la surface se font jour dans la recherche de Bram. Tantôt le plan de la toile est orchestré en facettes qui gardent le souvenir des « arts décoratifs » dans leurs jeux colorés d'aplats et de hachures, structurés par quelques grandes lignes. Tantôt des plages plus « informelles » accueillent des tracés sinueux qui semblent se chercher.  

Dès cette période, Bram recourt le plus souvent à la gouache, « l'huile du pauvre ».
 

12/ Bram et Geer | 1948 | PARIS

L'exposition interface

À la Galerie Maeght, en juin 1948, une exposition associe pour la dernière fois les œuvres des deux frères. Bram s'est chargé de concevoir l'affiche commune. Geer a créé des lithographies pour Derrière le miroir, la revue-catalogue de la galerie, présentée pour l'exposition dans une vitrine. Le rapprochement choisi de deux peintures précisément reproduites dans cette publication, l'une de Bram, de 1938, et l'autre de Geer, de 1947, permet de confronter exemplairement leurs affinités et leurs différences.
 

13/ Bram | 1948-1959 | MONTROUGE, PARIS, FOX-AMPHOUX

La décennie classique

S'ouvrant à Paris à l'époque de l'exposition chez Maeght avec son frère, s'achevant par une période « provençale » presque sauvage dans son apparente rapidité d'exécution, Bram affirme dans sa peinture un style éminemment personnel. Chaque réalisation présente une organisation dorénavant bien typique.

Plus ou moins préméditée, l'œuvre s'offre toute ensemble comme une surface et comme un morcellement : agrégats solidaires dont l'inachèvement est fait de repentirs et de surcharges. Comme s'il s'agissait pour le peintre de ne rien montrer d'autre que la peinture elle-même, tout en affirmant la présence chantante de la couleur et en laissant visible chaque geste, chaque mouvement.
 

Geer van Velde, Composition, 1950-1951 (?) © France, coll. part. / Photo Gilles Allais
Geer van Velde
Composition, 1950-1951 (?)
© France, coll. part. / Photo Gilles Allais

14/ Geer | 1947-1958 | CACHAN

L'atelier comme univers

Geer explore désormais les seules ressources formelles de son atelier, qui lui suggère toutes les variations possibles de la « composition ». Agencements de couleurs et de formes en tension, jeu d'équilibre : l'espace et les objets, voire la vue vers le dehors, sont réglés par des triangulations et des plans lumineux qui tendent à l'abstraction mais restent cependant toujours plus ou moins en lien avec ce qui est « vu ».

Dans ce travail de division de la surface, Geer privilégie une matière picturale qui évoque la peinture murale a secco ou la fresque. La peinture est toujours transparente, ses gammes colorées sont de plus en plus claires.  
 

15/ Bram et Geer

Le dessin

Les « dessins » rassemblés dans l'exposition permettent de percevoir intuitivement la différence fondamentale dans l'art des deux frères, par delà leurs affinités occasionnelles.

Il existe certes des dessins dans l'œuvre de Bram. Mais l'idée d'analyser, de saisir par le trait, lui est étrangère. Les lavis d'encre de Chine, avec leurs obscurités et leurs transparences, appartiennent au registre de la peinture.

Geer, lui, est un fervent dessinateur. Il a multiplié les pages qui précisent des axes, articulent l'espace, arrêtent des plans, souvent colorés, comme autant d'ébauches qui lui serviront plus tard à l'atelier.
 

Geer van Velde, Composition, 1958 (?) Lyon, musée des Beaux-Arts © Lyon MBA / Photo Alain Basset
Geer van Velde
Composition, 1958 (?) Lyon, musée des Beaux-Arts
© Lyon MBA / Photo Alain Basset

16/ Geer | 1958-1970 | CACHAN

Le rassemblement des perceptions éparses

Poursuivant sa recherche sur l'organisation de l'espace pictural, Geer affronte, dans cette dernière période de son œuvre, les questions d'équilibre entre vide et plein et approfondit sa recherche sur le lien entre la forme et le fond.
Les éléments distribués dans l'espace de l'atelier semblent se concentrer en véritables motifs, tantôt même tournants. Les aplats se substituent au dessin et quelquefois les tonalités se nourrissent d'ombre. La peinture s'ouvre et se déplie, réinventant la surface.    
 

17/ Bram | 1960 - 1978 | PARIS, GENÈVE, GRIMAUD

Le cheminement assuré, les abîmes 

Bram semble s'être engagé dans une « phrase » permanente qui module les imbrications de structures pointues et/ou rondes, les voilements, les coulures, les veinures insistantes. Les climats se succèdent, tantôt dramatiques, parfois radieux, sereins, et souvent poignants. La couleur, diverse et pleine, ne cesse de jubiler. Après s'être dirigé dans ses dernières années vers la lumière du noir sur le blanc, la palette de Bram se résumera dans les violets et les rouges.

Bloc dossier de l’exposition

Partenaires

Retour à la programmation #Exposition archivée

Louis Cretey

un visionnaire entre Lyon et Rome
Visuel principal
Introduction

Suite aux travaux de restauration du décor du réfectoire de l’abbaye Saint-Pierre, le musée consacre cette grande exposition à Louis Cretey, peintre majeur du XVIIe siècle. Plus de soixante tableaux et dessins provenant pour la plupart de collections privées mais aussi d’institutions françaises et étrangères célébrent l’artiste. Son style, poétique et expressif, délicat en même temps que profondément dramatique, fait du peintre un visionnaire, véritable précurseur de l’art moderne.

 

L’exposition du musée des Beaux-Arts de Lyon consacre l’une des dernières grandes figures du XVIIe siècle français par la publication d’un catalogue raisonné, sous la direction de Pierre Rosenberg, de l’Académie Française, spécialiste des XVIIe et XVIIIe siècles français.
En savoir +


Commissariat :

Pierre Rosenberg de l’Académie française, Président-directeur honoraire du musée du Louvre
et  Aude Henry-Gobet, Docteur en histoire de l’art

Du 22 octobre 2010 au 24 janvier 2011

Restauration du réfectoire

Un visionnaire entre Lyon et Rome

CAMPAGNE de restauration d'avril à juin 2010.
EXPOSITION du 22 octobre 10 au 24 janvier 2011.

Les travaux de restauration décor du réfectoire de l'abbaye Saint-Pierre réalisé par Louis Cretey ont commencé en mars 2010. À l'automne, une grande exposition rassemblant une soixantaine de tableaux et de dessins de l'artiste a permis de retracer l'évolution de son art entre Rome et Lyon.

Le financement de cette campagne de restauration a été rendu possible grâce à La ville de Lyon et au mécénat de la Fondation BNP Paribas.
Le vendredi 2 avril. 11h30, Monsieur Georges Képénékian, Adjoint à la Culture et au Patrimoine de la Ville de Lyon, et Monsieur Jean-Jacques Goron, Délégué général adjoint de la Fondation BNP Paribas signent la convention de mécénat qui permet de réaliser la restauration du décor de Pierre-Louis Cretey.

Louis Cretey, un peintre majeur du XVIIe siècle

L'histoire de l'art est faite de conquêtes, de reconquêtes. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne la peinture française du XVIIe siècle. Si Poussin et Claude Lorrain ne manquèrent jamais d'admirateurs, il fallut la patience des historiens de l'art des XIXe et XXe siècles pour redécouvrir et mettre à l'honneur l'œuvre des frères Le Nain, puis celui de Georges de La Tour.
Louis Cretey mérite une réhabilitation comparable. L'artiste dont la carrière se partage entre Lyon et Rome occupe durant la seconde moitié du XVIIe siècle un rang majeur. Mais ce qui le distingue de ses contemporains français c'est l'étrangeté de sa manière de peindre, faite d'une exceptionnelle hardiesse du pinceau et d'une vision que l'on pourrait qualifier d'hallucinée, quels que soient les sujets, religieux ou profanes, qu'il aborde.
Entre Le Brun (1619-1690), le grand maître de Versailles, et Watteau (1684-1721), le rénovateur de la peinture française, Cretey s'impose par l'originalité de sa conception picturale et par sa modernité.

Une exposition à l'issue d'une campagne de restauration

Louis Cretey, né à Lyon vers 1645, séjourna à Rome entre 1663 et 1679. Après son retour à Lyon, il réalise le décor du réfectoire de l'abbaye Saint-Pierre qui abrite aujourd'hui le musée.

La restauration des deux toiles qui ornent les murs latéraux et des trois oculi qui forment le décor du réfectoire a débuté au mois de mars 2010. Le réfectoire reste ouvert et le public peut assister aux interventions des restaurateurs.
L'opération permettra :
- de réparer les déchirures,
- de retendre les toiles dont la tension s'est relâchée,
- d'améliorer l'aspect de surface de la couche picturale
- et de refixer les soulèvements de l'enduit des peintures murales.

Suite aux travaux de restauration, le musée consacrera une grande exposition au peintre. Elle rassemblera une soixantaine de tableaux et de dessins de l'artiste provenant d'institutions françaises et étrangères parmi lesquelles le Detroit Institute of Arts (USA), l'Université Laval à Québec (Canada), la Galleria Nazionale d'Arte Antica, le palais Barberini et le Vatican à Rome (Italie), le Nationalmuseum à Stockholm (Suède) et de nombreuses collections privées de Lyon, Paris, Monaco et Malte.

Commissariat scientifique de l'exposition :
Pierre Rosenberg, de l'Académie française, Président-Directeur honoraire du Musée du Louvre,
assisté d'Aude Henry-Gobet, Docteur en histoire de l'art.

Aller plus loin : Dossier de presse

La Fondation BNP Paribas

Mécène fidèle et reconnu des musées, la Fondation BNP Paribas s'attache à préserver et faire connaître leurs richesses. C'est ainsi qu'elle contribue à la restauration de leurs chefs-d'œuvre à travers son programme BNP Paribas pour l'Art. Lancée en 1994, cette initiative a permis la restauration de plus de deux cents œuvres conservées dans des musées et monuments en France et à l'étranger.    

Étude préparatoire à la restauration des œuvres de P. Cretey

Regardez les photographies prises par le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, pour mieux comprendre l'état critique de conservation des œuvres. Télécharger le pdf

Bloc contenu

Parcours dans l'exposition

Louis Cretey est l'auteur des peintures que l’on peut encore découvrir dans le réfectoire du Palais Saint-Pierre, peintre singulier et atypique en prise directe avec l'Italie baroque de son temps, sa redécouverte date d’il y a à peine 40 ans. Elle a été rendue possible grâce à l’œil averti d’un collectionneur et de trois historiens de l’art.

Aujourd’hui, et pour la première fois, est réunie ici une grande part de son œuvre, le catalogue édité à l’occasion de l’exposition se chargeant de rendre compte de l'ensemble des peintures et dessins connus ou attribués. Pour la très grande majorité de ces tableaux, il s’agit de leur première exposition au public. Ils laissent découvrir un artiste surprenant, au style personnel et inventif et rendent à Louis Cretey une place de premier plan parmi les peintres de sa génération. Cette exposition propose ainsi un nouveau regard sur l’art de la seconde moitié du XVIIe siècle.

Le contexte artistique à Lyon, au temps de Cretey

Profondément marquée à la fin du XVIe siècle par la violence des guerres de religion opposant catholiques et protestants, Lyon retrouve progressivement au début du XVIIe siècle la prospérité qu’elle avait connue à la Renaissance.

Louis Cretey, l'Éducation dAchille © Coll. Part. / photo Alberto Ricci
Louis Cretey
l'Éducation dAchille
© Coll. Part. / photo Alberto Ricci

Les artistes bénéficient de ce nouvel essor économique, de l’influence de familles puissantes et d’un contexte favorable aux arts et aux lettres. Dans le second quart du siècle, les nombreux ordres religieux présents à Lyon ont à cœur de reconstruire et embellir leurs églises, chapelles et monastères. L’opulence née de l’activité bancaire et manufacturière de la ville favorise une commande artistique de plus en plus intense.

Par sa situation à la croisée des chemins européens, Lyon est aussi une ville de passage, notamment pour les artistes du nord sur la route de l’Italie. Rome est alors la destination de prédilection pour les artistes en formation qui viennent y travailler d’après les maîtres anciens, de l’Antiquité ou de la Renaissance.  À l’aller comme au retour, on s’arrête à Lyon et certains artistes se voient alors confier d’importants projets. En 1655, de retour de Rome, le parisien Thomas Blanchet, s’installe ainsi à Lyon. Recevant de nombreuses commandes et la charge de « Peintre de la Ville » en 1675, il y restera jusqu’à sa mort en 1689. Les chantiers qui lui sont confiés nécessitent la contribution de jeunes talents, si possible formés en Italie et à Rome, comme Louis Cretey.

 

Qui est Louis Cretey ?

Nous ne savons que bien peu de choses sur la vie de Louis Cretey. Malgré les recherches patientes menées ces dernières années, de nombreux aspects de son parcours restent à découvrir, à commencer par la date et le lieu de sa mort.

Mais aujourd’hui une soixantaine d’œuvres ont été réunies et témoignent pour lui. Elles permettent de découvrir une personnalité, un regard, une approche singulière, un style « étrange » et très personnel auquel répond une rareté des sources qui n’est pas sans augmenter le mystère.  

L’art de Louis Cretey est expressif et audacieux. Au cœur d’un siècle riche d’inventions artistiques où la rigueur et la retenue d’un Nicolas Poussin contrastent avec la truculence d’un Pierre Paul Rubens, où les paysages ouverts de Claude Le Lorrain s’opposent aux scènes d’intérieur peintes par un Rembrandt ou les frères Le Nain, Cretey compose un œuvre ouvert, étrange, subtil et parfois déroutant. S’il partage avec sa génération un fort attachement  romain, Cretey n’en est pas moins un artiste que l’on peut qualifier de « hors normes ». Son éloignement physique et stylistique de la capitale le distingue de ses contemporains parisiens. Son art paraît a priori sans précédent et sans équivalent, s’inscrivant stylistiquement – et sans conteste – dans un espace de créativité méridional, entre Lyon et Rome.

1.1 La représentation des saints 

Louis Cretey, Saint Roch, Galleria nazionale d'Arte Antica, Palazzo Barberini
Louis Cretey
Saint Roch, Galleria nazionale d'Arte Antica, Palazzo Barberini

Dans cette section sont rassemblées plusieurs représentations de saints ou du Christ, thèmes pour lesquels Cretey semble avoir eu un goût prononcé. La puissance expressive des corps, meurtris ou glorieux, qui renforce le sentiment religieux de ces images, est une des « signatures » de l’artiste.

Lorsque Cretey s’installe à Rome en 1661, la ville est depuis plusieurs décennies le théâtre d’une fastueuse renaissance artistique et liturgique, qui témoigne des efforts de la Papauté dans sa lutte contre le protestantisme et les églises réformées constituées au XVIe siècle. Cette propaganda fide (propagation de la foi) s’appuie notamment sur une démultiplication des images religieuses, la peinture comme la sculpture étant alors abondamment sollicitées pour la décoration des églises et des chapelles.

 

Louis Cretey, La Vision de saint Jérôme © Lyon MBA / Photo Alain Basset
Louis Cretey
La Vision de saint Jérôme
© Lyon MBA / Photo Alain Basset

La représentation des saints, considérés comme des modèles ou des intercesseurs entre les hommes et Dieu, est alors privilégiée. Les amateurs d’art sont également sensibles à ce type de sujet, commandant aux peintres des variantes de retables à succès ou bien des compositions inédites. Ainsi, vers 1660, la représentation des saints s’est largement émancipée de son contexte liturgique, même si la piété en demeure un des ressorts essentiels.

Dans le cas de Cretey, on peut supposer que certains de ces tableaux étaient conçus pour des églises, tandis que d’autres, comme le Saint Roch présenté ici, avaient pour vocation de rejoindre les collections particulières de riches amateurs d’art.

 

1.2 L’expression du sentiment religieux, entre ombre et lumière

Plusieurs œuvres peintes vers 1675-1680 présentent un même jeu théâtralisé dans le traitement de la lumière et de l’ombre, qui diffère des réalisations précédentes. Peut-être désireux de s’adapter au goût romain, le peintre explore les effets dramatiques qu’occasionnent l’éclairage artificiel des intérieurs clos, ou celui plus diffus des nocturnes, sans négliger les coups de projecteur, typiques de la théâtralité sacrée.

Louis Cretey, La nativité © Detroit Institute of Art, USA / The Bridgeman Art Library
Louis Cretey
La nativité
© Detroit Institute of Art, USA / The Bridgeman Art Library

Dans La Nativité, les visages de la Sainte Famille rassemblée semblent éclairés par le corps même de l’Enfant qui vient de naître. Cette concentration de la lumière rappelle certaines peintures de Carlo Maratta (1625-1713), dont l’œuvre était particulièrement en vogue à Rome à cette époque.

Dans les scènes de martyre, les corps en souffrance ou mutilés contrastent avec ceux des bourreaux qui, dans l’ombre, dominent la scène. La Décollation de saint Jean Baptiste témoigne ainsi d’un ténébrisme exacerbé. Initié à la fin du siècle précédent par des artistes comme Caravage, cet effet a été rendu encore plus expressif et inquiétant par certains contemporains italiens de Cretey. Le clair-obscur – pour reprendre un terme issu des ateliers du XVIIe siècle (chiaroscuro) – vise ainsi à exprimer l’intensité et la violence du martyre en même temps qu’il satisfait le goût des amateurs pour une peinture que l’on dirait aujourd’hui difficile, mais que le XVIIe siècle qualifiait simplement de sublime.

2. Le retour à Lyon

Nous ne pouvons fixer avec certitude la date du retour à Lyon de Louis Cretey et de sa famille. Il est mentionné pour la dernière fois à Rome en 1679, paroisse Saint-Pierre, avec sa femme, Marie, et une fillette de trois ans. Nous le retrouvons à Lyon en 1683, date à laquelle il reçoit un paiement de mille livres des Jésuites pour deux tableaux réalisés pour le collège de la Trinité de Lyon : Saint Jérôme et Saint Guillaume d’Aquitaine.

 

Louis Cretey, La vision de saint Jérôme  © Lyon MBA / Photo Alain Basset
Louis Cretey
La vision de saint Jérôme
© Lyon MBA / Photo Alain Basset

Les commandes s’enchaînent ensuite assez vite : la même année il réalise deux œuvres pour la très importante confrérie des Pénitents blancs du Confalon : Les Pèlerins d’Emmaüs et son pendant, Le Christ devant Pilate (disparu).

C’est donc un artiste confirmé – il a environ 45 ans - au talent apprécié et reconnu qui fait son retour à Lyon, dans cette ville qu’il a quittée une vingtaine d’années plus tôt.

Il travaille pour des particuliers et exécute notamment deux grandes toiles pour la salle des États du château de Sassenage, près de Grenoble, avant de participer à plusieurs décors sous la direction du puissant « Peintre de la Ville », Thomas Blanchet, parmi lesquels celui du réfectoire des Dames de Saint-Pierre en 1684. C’est également à cette époque qu’il s’installe près de l’église Saint-Paul où il habitera vraisemblablement jusqu’à la fin de son séjour lyonnais autour de 1696.

2.1 Un peintre apprécié des collectionneurs

Si Louis Cretey répond à des commandes importantes des institutions municipales et religieuses de la ville, il n’en est pas moins apprécié des collectionneurs privés nombreux à Lyon. Il faut rappeler ici que l’argent généré par l’activité bancaire et manufacturière favorise une commande particulière de plus en plus intense.

Louis Cretey, Le Christ et les Pèlerins d’Emmaüs, Lyon, musée des Beaux-Arts
Louis Cretey
Le Christ et les Pèlerins d’Emmaüs, Lyon, musée des Beaux-Arts

Comme cela avait été le cas à Rome, Louis Cretey entretient ainsi des relations parfois très privilégiées avec de nombreux collectionneurs lyonnais et parisiens. Ceci est attesté par la présence de ses œuvres dans certains inventaires après décès. La production de l’artiste va d’ailleurs évoluer entre 1680 et 1696 vers des tableaux de dimensions plus réduites propres au goût des particuliers de son époque.

La relation qu’il entretient avec Louis Bay de Curis, un marchand drapier fortuné, « écuyer conseiller et secrétaire du Roy et de ses finances », en est un exemple. Dans les archives paroissiales de l’église Saint-Laurent, on apprend ainsi que, le 5 mars 1690, Louis Cretey baptise sa fille Jeanne Marie. Le parrain de l’enfant n’est autre que Louis Bay. Ce baptême témoigne de la relation de confiance qui s’est établie entre l’artiste et ce marchand drapier fortuné. Amateur d’art éclairé, Bay possède à sa mort environ quatre-vingt tableaux dont onze de Louis Cretey. L’artiste lyonnais est suffisamment considéré pour, dans cette collection, côtoyer des œuvres d’artistes italiens des XVIe et XVIIe siècles, de peintres du Nord comme Rubens et Rembrandt, et de deux peintures de Nicolas Poussin.

2.2 Cretey dessinateur

Nous proposons de voir dans ces quatre dessins rassemblés ici des œuvres de Louis Cretey. Traditionnellement attribués à l’artiste italien Mattia Preti (1613-1699), contemporain du Lyonnais, ils ont été très tôt considérés comme un ensemble. Pourtant, ils ne possèdent pas la même provenance : deux d’entre eux sont issus de la collection de Pierre-Jean Mariette (1694-1774) et sont conservés aujourd’hui au Louvre, tandis que les deux autres se trouvent à l’École des Beaux-Arts de Paris et à Malte. Ils forment cependant un groupe de dessins au style parfaitement cohérent.


L’attribution de ces dessins à Cretey reste une proposition d’autant plus audacieuse que l’on ne connaît à ce jour aucun dessin qui puisse être donné en toute certitude à l’artiste. Nous nous sommes ralliés à cette hypothèse pour des raisons qui tiennent à certains traits communs aux dessins et aux tableaux de l’artiste, (soldats casqués aux fortes musculatures, visages grimaçants), et aux spécificités de son style nerveux.

Louis Cretey, Soldat contemplant un martyr attaché à un arbre, Paris, École Nationale des Beaux-Arts, plume, encre brune, lavis brun, rehauts de blanc sur papier
Louis Cretey
Soldat contemplant un martyr attaché à un arbre, Paris, École Nationale des Beaux-Arts, plume, encre brune, lavis brun, rehauts de blanc sur papier

Louis Cretey, Le Martyre d'un saint, Paris, Musée du Louvre, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche sur papier
Louis Cretey
Le Martyre d'un saint, Paris, Musée du Louvre, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche sur papier

Louis Cretey, Le Martyre de saint André, Paris, Musée du Louvre, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche sur papier
Louis Cretey
Le Martyre de saint André, Paris, Musée du Louvre, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de gouache blanche sur papier

Louis Cretey, La Crucifixion de saint Pierre, Malte, Collection particulère, plume, encre brune, lavis brun, rehauts de blanc sur papier
Louis Cretey
La Crucifixion de saint Pierre, Malte, Collection particulère, plume, encre brune, lavis brun, rehauts de blanc sur papier

 

 

 

 

 

 

 

2.3 Une importance croissante du paysage

Louis Cretey, maître du paysage français du XVIIe siècle ?

Louis Cretey, Paysage montagneux, Lyon, huile sur toile, collection particulière
Louis Cretey
Paysage montagneux, Lyon, huile sur toile, collection particulière

Ce titre, que personne n’aurait pensé à lui attribuer, semble pourtant bien mérité à la vue du surprenant Paysage montagneux présenté

ici. Dénué de toute figure et de tout prétexte narratif habituel à cette époque, ce paysage est également une œuvre rare et unique dans le catalogue actuel des œuvres connues de Cretey - bien que les archives en signalent d’autres qu’il faudra retrouver. Du Christ et la Samaritaine au Tobie enterrant ses morts, nous suivons l’artiste dans sa recherche de fonds paysagés colorés, animés et sensibles qui deviennent peu à peu le véritable sujet du tableau.

La façon dont le Paysage montagneux est composé est exemplaire à cet égard. Bien centrée sur une masse montagneuse se détachant en gris vert au centre de la composition, la vue est ordonnée par des variations chromatiques subtiles que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres de l’artiste. Cette utilisation de la couleur, typique d’un paysagiste averti, est extrêmement soignée dans les trois formats circulaires appelés tondi, peints très vraisemblablement à la même époque que le Paysage montagneux.

Nous avons évoqué l’attrait incontestable que représentait pour Louis Cretey les artistes romains de son temps dont il était le contemporain. Parmi eux, on peut citer Pierre de Cortone et le Bernin, deux grandes figures de la génération précédente à la sienne.

Louis Cretey, la Vision de saint Bruno, Lyon, collection particulière
Louis Cretey
la Vision de saint Bruno, Lyon, collection particulière

Mais Cretey manifeste également une attirance vers les œuvres produites par la jeune génération des peintres qu’il fut certainement amené à côtoyer pendant ses années italiennes.
Dans cette section, deux tableaux montrent des moines vêtus de blancs. L’un a été peint par Louis Cretey, tandis que l’autre est de Pier Francesco Mola, un artiste romain contemporain du Lyonnais. On peut supposer que Cretey a vu l’œuvre de Mola et qu’il a été marqué par certaines de ses caractéristiques comme la position oblique du corps du saint et le principe d’une physionomie émaciée et burinée. Mais l’interprétation que propose Cretey est cependant bien personnelle et d’une modernité surprenante. Il fait l’économie du paysage et des chérubins incarnant chez Mola la vision divine et concentre l’attention du spectateur sur la figure du saint. Le vêtement est travaillé de façon presque sculpturale et le faciès, révulsé d’émoi, est présenté en légère contreplongée. Cette conception quasi expressionniste du corps et du visage à la bouche entrouverte, au nez busqué et aux yeux exorbités, constitue l’une des signatures de l’art de Cretey durant la décennie 1680.

2.5 Les grands chantiers lyonnais

En 1686, quand Louis Cretey commence à travailler avec Thomas Blanchet pour le Palais de Roanne – siège de la justice à Lyon  –, les deux artistes collaborent déjà depuis deux ans. « Peintre de la Ville », Thomas Blanchet a à sa charge les grands chantiers d’embellissement de Lyon de la seconde moitié du XVIIe siècle. À ce titre, il avait déjà fait appel à Louis Cretey en 1684 pour participer à la décoration du réfectoire du Palais des Dames de Saint-Pierre, actuel musée des Beaux-Arts.*

Invité également à concevoir le décor de la Chambre criminelle du Palais de Roanne, Blanchet fait appel à plusieurs artistes dont Cretey et Marc Chabry. Il s’agit de réaliser un décor constitué d’un plafond et de huit tableaux décorant les quatre murs de la salle. Le programme prévoit des sujets rares, évoquant certains procès mémorables dont l’auteur romain Valère Maxime a retracé l’histoire au 1er siècle après J.-C.. Les œuvres rassemblées ici témoignent de ce projet dont la reconstitution de l’ensemble est aujourd’hui rendu difficile par la disparition de certains tableaux.

La confrontation des œuvres de Cretey avec celle de ses contemporains lyonnais permet, en outre, de révéler la singularité de son style et son invention face à des sujets complexes. 

 

 

2.6 La Bacchanale énigmatique

Cette toile au sujet énigmatique fut un temps attribuée à Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), preuve de sa parenté avec des œuvres réalisées en France au cœur du XVIIIe siècle. Elle présente cependant certaines caractéristiques qui sont l’apanage de Louis Cretey tout au long de sa carrière, notamment le puissant contraste entre les zones éclairées et celles plongées dans l’obscurité. On reconnaît également cette façon un rien désinvolte mais toujours précise de lisser les formes et de les suggérer par des vibrations sans les arrêter dans un dessin cerné.

Louis Cretey, Bacchanale, © Lyon MBA / Photo Alain Basset
Louis Cretey
Bacchanale
© Lyon MBA / Photo Alain Basset

Mais que représente cette scène ? Les titres anciens de Bacchanale, de Scène de sorcellerie, Scène de magie noire ou de Scène antique attestent de la réelle difficulté d’identification.

Le motif central de la femme allaitant un enfant difforme peut évoquer les thèmes classiques d’allaitement dont celui de la déesse Héra, épouse de Zeus, nourrissant Hercule. Mais, dans cette hypothèse, comment comprendre la scène oraculaire de l’arrière-plan, ainsi que le bouc, à droite, placé vis-à-vis d’un couple qui s’enlace ?

Reste la possibilité d’une naissance de Priape, fils d’Hermès. Mais là encore tous les éléments du tableau ne trouvent pas d’explication dans ce mythe.

L’enquête iconographique que nous avons menée étant loin d’avoir totalement levée les doutes, nous espérons d’autres propositions.


 

Louis Cretey, la Fuite en Égypte, Aix-en-Provence, musée Granet, Communauté du pays d'Aix
Louis Cretey
la Fuite en Égypte, Aix-en-Provence, musée Granet, Communauté du pays d'Aix

3. Une fin de carrière mystérieuse

Il est difficile d'envisager quelle fut la fin de la vie de Louis Cretey . Nous ne connaissons pour l’instant ni la date ni le lieu de sa mort. Et si nous savons qu’il est encore à Lyon à la fin de l’année 1696,  nous perdons à nouveau sa trace jusqu’en 1700. Mais sa présence est ensuite attestée à Rome jusqu’en 1702.

Si nous ignorons tout des raisons qui le mènent à nouveau en Italie alors qu’il a environ 65 ans, il est très probable qu’il réalise vers 1700 une grande Crucifixion, hélas perdue, mais que nous connaissons grâce à une photographie ancienne. Cette importante toile – preuve d’une notoriété certaine – avait été réalisée pour l’église romaine de Santa Maria dei Miracoli. Cette dernière, située piazza del Popolo, est proche de la célèbre église Santa Maria del Popolo pour laquelle deux grandes figures de l’art italien, Caravage et Bernin, avaient travaillé avant lui.

Mais est-il mort dans la ville Éternelle ? A-t-il séjourné dans d’autres cités italiennes ? La proximité de son style avec celui de certains artistes génois pourrait le laisser penser. A-t-il vécu dans le sud de la France ? Si nos recherches nous permettent aujourd’hui d’affirmer qu’il n’est pas mort à Lyon, nous ne pouvons résoudre l’énigme. Seules ses œuvres retrouvées nous renseignent sur son évolution et son parcours qui se poursuit au tout début du XVIIIe siècle.

3.1 L’évolution du style

Comment se repérer dans la production tardive d’un peintre dont aucune œuvre conservée n’est datée et dont les derniers commanditaires nous sont inconnus ?

Louis Cretey, La Fuite en Égypte, Collection particulière
La Fuite en Égypte, Collection particulière

L’Adoration des bergers et  les deux Fuites en Égypte, présentées dans cette section peuvent nous apporter des éléments de réponse. En effet, ces toiles témoignent d’un changement important dans le style de l’artiste et nous permettent d’envisager qu’elles ont été réalisées à l’aube du XVIIIe siècle.

En observant les figures représentées, on peut être étonné par la priorité accordée par l’artiste au mouvement qu’il imprime à ses figures et à ses compositions. Ces deux toiles, ainsi que La Fuite en Égypte du musée d’Aix-en-Provence, se caractérisent par une construction quasi « serpentine » de l’espace ainsi que par un fond brun d’architecture géométrique faisant jouer les effets de contrejour et de violents « coups de projecteur ».

Cretey aurait-il étudié des toiles de Giovanni Battista Gaulli, dit Il Bacciccio, peintre majeur de la Rome de cette époque ? Le surprenant contrapposto de la figure de Joseph dans L’Adoration des bergers et La Fuite en Égypte ne rappelle-t-il pas celui d’Abraham dans Le Sacrifice d’Isaac de Gaulli ? Quoiqu’il en soit, la rupture de style avec les œuvres précédentes et le rapprochement de ces œuvres avec celles d’artistes italiens contemporains nous incite à penser qu’il prolongea son séjour romain jusqu’à sa mort. À l’aube du XVIIIe siècle, Cretey prouve encore une fois qu’il sait faire évoluer son style en ouvrant sa production à de nouvelles expression.

Bloc dossier de l’exposition
Retour à la programmation #Exposition archivée

Max Schœndorff et Jean Raine

Exposition-dossier 8 mars - 9 juin 2008
Visuel principal
Max Schoendorff-Foolish Wives-1982
Max Schoendorff,
Foolish Wives, 1982.
Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset
Introduction

Max Schoendorff, Ex-traits

Grâce à la générosité d'un collectionneur lyonnais, une immense composition graphique, Foolish Wives réalisée en 1983 par Max Schoendorff, né en 1934 et résidant à Lyon, rejoint les peintures de l'artiste déjà conservées par le musée des Beaux-Arts.

Jean Raine, La Proie de l'Ombre

La donation d'une encre sur papier, La Proie de l'Ombre, 1966, de Jean Raine, à l'initiative de Sanky et Pierre Raine, permet de mieux faire connaître les recherches de cet artiste, né en Belgique en 1927, proche du groupe Cobra, qui travailla à Lyon de 1968 à 1986.

Du 8 mars 2009 au 9 juin 2009
Information horaires

Salles 200 - 2e étage

Rencontres autour de l'exposition Jean Raine

Patrick Laupin, le 9 avril à 18h30
Ecrivain, Patrick Laupin est né en 1950. Il est instituteur puis formateur de travailleurs sociaux cherchant « un espace de transmission de la lecture et de l'écriture dans des lieux d'alphabétisation et d'internement ». Il publie un premier livre en 1975 aux Editions de L'Ollave « D'ailleurs et de partout ». Il a publié un texte sur Raine dans Désordres consentis suivi de L'Enfer de la phobie, Le Bel Aujourd'hui, 1999.

Jean de Breyne, le 29 mai à 18h30
Né en 1943, Jean de Breyne est écrivain, poète, critique d'art et photographe. Il est fondateur, président et co-dirigeant de la galerie L'Ollave créée à Lyon en 1974. Il est aussi directeur de la publication et membre du comité de rédaction de la revue Galerie l'Ollave, préoccupations.
En 1998, le collectif de la galerie L'Ollave a fait don à la Bibliothèque municipale de Lyon de ses archives vivantes et Jean de Breyne des archives de son propre travail de créateur. 


Rencontre autour de l'exposition Max Schoendorff

Rencontre avec Francis Marmande, jeudi 3 avril à 18h30

Né en 1945, Francis Marmande est diplômé de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud et agrégé de lettres modernes. Ecrivain, il a publié de nombreux romans. Musicien et critique de jazz, il a collaboré à la revue Jazz Magazine. Il a aussi co-animé la revue philosophique et politique Lignes de 1987 à 2001. Il est Chroniqueur au journal Le Monde.
Il enseigne la littérature française à l'Université Paris 7-Diderot où il anime le laboratoire Littérature au Présent.

Max Schoendorff-Foolish Wives-1982
Max Schoendorff,
Foolish Wives, 1982.
Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset
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Philippe Dereux | Jean Dubuffet

Exposition-dossier 25 juin - 18 septembre 2009
Visuel principal
dereux
Philippe Dereux,
L'Arbre rouge,
Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset
Introduction

L'engagement du musée des Beaux-Arts de Lyon pour l'art brut n'est pas nouveau. Le combat acharné en 1956 du critique d'art René Déroudille pour que le Musée des Beaux-Arts de Lyon achète un tableau de Jean Dubuffet intitulé Paysage blond, à une époque où aucun musée français n'avait encore osé franchir ce pas, est d'ailleurs bien connu. Riche en rebondissements, cette histoire est illustrée par la passionnante correspondance croisée entre René Déroudille, Jean Dubuffet et Philippe Dereux.

En 1949, Jean Dubuffet donne sa première définition de ce qu'il appelle l'art brut : « Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme (...) ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout de leur propre fond et non pas des poncifs de l'art classique ou de l'art à la mode ».

Il s'agissait avant tout de retrouver ce que la civilisation avait déformé et, dans cette logique, les productions artistiques enfantines et celles des malades mentaux furent au cœur des découvertes de l'époque : envisagées sous un jour esthétique, elles offraient une spontanéité et une force expressionniste qui influencèrent de façon prépondérante les formes et des courants artistiques du XXème siècle.

Philippe Dereux (1918-2001) a créé un univers fantasmagorique peuplé d'êtres étranges constitués d'épluchures végétales, d'écorces, de graines ou de légumes secs rehaussés de gouache. Il fait preuve d'une imagination sans cesse renouvelée dans des œuvres expressionnistes fortes de rêves et d'angoisses, d'humour aussi et de beauté.
Philippe Dereux fut botaniste pour Jean Dubuffet : il capturait des papillons pour lui et l'aidait dans ses collages. Et c'est précisément cet artiste qui l'a guidé vers la création plastique.

Du 25 mai 2009 au 18 septembre 2009
Tarif
dereux
Philippe Dereux,
L'Arbre rouge,
Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset
Information horaires
Jean Dubuffet
Paysage blond, Mai-juillet 1952, Huile sur toile collée sur bois.
Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset
Citation
L'art brut ? Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme [...] ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout de leur propre fond et non pas des poncifs de l'art classique ou de l'art à la mode.
Auteur citation
Jean Dubuffet
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Hiéroglyphes et calligraphie arabe : Les sens des signes

Exposition-dossier 16 mai - 21 septembre 2009
Visuel principal
papyrus-d-isetouret_
Egypte, 3e période intermédiaire
Statuette animale : singe accroupi.
Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset
Introduction

Le musée des Beaux-Arts de Lyon s'est associé à nouveau à la manifestation Les sens des signes organisée par la Maison de l'Orient et de la Méditerranée et l'Université Lumière Lyon 2.

Autour du thème 2009 Divinités scribes et récits sur l'origine de l'écriture, une sélection d'objets pharaoniques et islamiques fut présentée dans les salles de l'Egypte ancienne et dans la galerie d'Art islamique du musée.

Statuettes du dieu Thot, matériel de scribes, stèles funéraires et objets de la vie quotidienne portant des inscriptions évoqueront la nature divine et sacrée des hiéroglyphes égyptiens. Un « Livre des morts » inscrit sur un long papyrus, récemment restauré, sera présenté pour la première fois à cette occasion.

Dans la civilisation islamique, l'écriture, qui servit en premier lieu à transcrire le Coran, est fortement liée à la religion. Les objets présentés témoigneront de ce rôle sacré. Ils illustreront aussi comment, à travers des calligraphies très élaborées, l'écriture a évolué jusqu'à devenir un répertoire ornemental à part entière.

 

Du 6 mai 2009 au 28 septembre 2009
Tarif
papyrus-d-isetouret_
Egypte, 3e période intermédiaire
Statuette animale : singe accroupi.
Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset
Information horaires

Salles Exposition-dossier - 2e étage

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Dessins et estampes néo-classiques

Exposition-dossier 16 mai - 21 septembre 2009
Visuel principal
revoil
Pierre Révoil,
Propertia (sous les traits de Madame de Sermézy), lavis de sépia sur papier.
Image © Lyon MBA / Photo Alain Basset
Introduction

A l'occasion de l'exposition Juliette Récamier, muse et mécène, cet accrochage propose de découvrir une sélection de 70 œuvres sur papier réalisées entre 1790 et 1849. Contemporains de Juliette Récamier, ces dessins et estampes sont pour la plupart inédits. Ils proviennent du fonds du musée des Beaux-Arts et d'une collection privée proposée en donation.

L'exposition réunit notamment des dessins de Pierre Paul Prud'hon, Pierre Révoil, Fleury Richard, Philippe Auguste Hennequin et des gravures d'après François Gérard, Anne Louis Girodet ou Pierre Paul Prud'hon.

Les œuvres présentées s'articulent autour de deux thématiques : le portrait et les scènes historiques ou mythologiques. Elles témoignent du goût pour l'antiquité gréco-romaine qui s'affirme comme la tendance majeure des arts au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, donnant naissance au néo-classicisme.

Les artistes s'inspirent alors des statues ou des vases à la mode ainsi que des récentes découvertes des cités d'Herculanum et Pompéi. Ils choisissent d'illustrer de nombreux thèmes tirés de la mythologie ou de l'histoire antique. Les aventures de Psyché, l'Iliade ou l'Énéide sont parmi les plus appréciés.

La recherche d'une pureté des formes et du Beau idéal est la ligne directrice de ces créations. Le dessin connaît ainsi un âge d'or. Il constitue la base de l'enseignement artistique et l'étape préparatoire à toute peinture. Il peut aussi donner naissance à des œuvres à part entière. La gravure voit alors pour sa part l'apparition de nouveaux procédés, comme la lithographie, appelée à un grand essor.

Du 16 mai 2009 au 21 septembre 2009
Information horaires

Salles Exposition-dossier - 2e étage

Quelques définitions pour mieux comprendre la technique

Lithographie
Technique d’impression à plat.
Elle est fondée sur la répulsion naturelle de l’eau face à un corps gras.
Sur une pierre calcaire polie, l’artiste exécute sa composition avec un crayon gras, puis passe un acide sur la surface. Là où le crayon n’a pas laissé de tracé, cet acide produit une surface lisse qui n’accrochera pas l’encre. La pierre est alors lavée, puis encrée ; l’encre n’adhère que sur les zones correspondant au dessin. La mise sous presse permet ensuite de reproduire le motif sur le papier avec une plus grande subtilité de nuances.
La lithographie en couleurs exige la préparation d’une pierre par couleur. Par superposition, on obtient des tonalités multiples.

Eau-forte
Sur une plaque recouverte de vernis, le graveur dessine son motif à l’aide d’une pointe. Puis, la plaque est plongée dans un mélange d’acide nitrique et d’eau, appelé eau-forte. Les parties du métal mises à nu par la pointe sont attaquées par l’acide. La plaque est ensuite dévernie, encrée, essuyée (l’encre restant dans les creux) et passée sous une presse.  

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L'Égypte antique, à travers la collection de l'Institut d'égyptologie Victor-Loret.

Exposition-dossier 18 octobre 2007 - 21 janvier 2008, prolongée jusqu'au 11 février 2008
Visuel principal
faucon-momie
Tehneh, Egypte, Ier-IIe s.
Reliquaire de fausse momie d'Osiris-Sokaris - Inv. G 218
Image © Lyon MBA - Photo Alain Franchella
Introduction

Ces dernières années, l'Institut d'égyptologie Victor-Loret - Université Lumière Lyon 2 a déposé au musée des Beaux-Arts sa riche collection d'objets (près de 2590), d'époques et de provenances diverses.

L'exposition présente une large sélection de ces objets, chefs-d'œuvre de l'art égyptien et simples objets familiers. A travers eux sont évoqués différents aspects de la civilisation de l'Égypte ancienne, les croyances (figurines de manifestations divines, amulettes protectrices-), le rituel funéraire (vases canopes, serviteurs funéraires, bandelettes de momies-) et la vie quotidienne (paniers en vannerie, objets de toilette et de parure-), pendant près quatre millénaires, de la période pré-dynastique aux premiers temps chrétiens.

Outre leur valeur archéologique et artistique, ces objets sont le témoignage de l'histoire des découvertes majeures de la fin du xix e et du début du xx e siècle (les cachettes royales, la nécropole d'Antinoé, la fouille du village des artisans de pharaon à Deir el-Medineh, etc.) et de l'œuvre des grands égyptologues Victor Loret et Gaston Maspero.

Du 18 octobre 2007 au 21 janvier 2008
Tarif
Information horaires

Salles Exposition-dossier - 2e étage

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Max Schœndorff, Accrochage

Exposition-dossier 28 janvier - 23 mai 2011
Visuel principal
schoendorff_max_florizel_et_perdita_1988
Max Schoendorff,
Florizel et Perdita,1988
Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset
Introduction

Le musée des Beaux-Arts possédait deux œuvres de Max Schœndorff (1334-2012), dont l’une acquise dès 1970. Grâce à la générosité de plusieurs donateurs – André Dubois, Françoise Dupuy-Michaud, Jean-Paul Jungo, Gilbert Monin – la collection du XXe siècle s’est enrichie d’un ensemble de dessins, de peintures et de lithographies. À l’occasion de ces donations, le musée invite à redécouvrir les travaux de cet artiste.

max
Max Schoendorff et Laurence Berthon
Montage de l'exposition
Image © Lyon MBA - Photo Stéphane Degroisse

 

Du 28 janvier 2011 au 23 mai 2011
Information horaires

Salles 200 - 2e étage

Max Schœndorff, né à Lyon en 1934, est issu d’une famille de cristalliers lorrains. Son père lui fait découvrir la langue et la culture germaniques. Après des études littéraires qui le conduisent au professorat, il renonce à son poste d’enseignant pour assister un de ses amis, l’homme de théâtre Roger Planchon. Puis il abandonne l’écriture au profit de la peinture. Dorénavant, il expose régulièrement, à Lyon notamment, d’abord à la galerie Folklore-Marcel Michaud, puis, à partir de 1966, à la galerie Verrière.

Au début des années 1960, c’est le théâtre qui l’accapare encore. Il est tour à tour décorateur, costumier, scénographe et metteur en scène. Dans les années 1970, il collabore, entre autres, avec le metteur en scène Jacques Rosner, travaille pour le T.N.P. de Villeurbanne, la Comédie-Française, les Opéras de Paris et de Lyon, ou encore le Schiller Theater de Berlin. Le cinéma est également une de ses passions : il est l’un des cofondateurs de la revue Premier Plan, du Congrès indépendant du cinéma international (C.I.C.I.), enfin décorateur pour Jean-Marie Straub et Danièle Huillet.

Schœndorff appartient à une génération profondément marquée par l’imaginaire surréaliste. Les écrivains Antonin Artaud et Georges Bataille, les peintres Max Ernst, André Masson et Hans Bellmer ont enrichi sa recherche. Mais sa peinture semble également nourrie par des maîtres anciens comme Greco, Rubens, ou Grünewald.

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Max Schoendorff,
Florizel et Perdita,1988
Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset

Œuvres exposées


Foolish Wives, 1982-1983. Crayon graphite et mine de plomb sur tôle d’aluminium recouverte d’émail acrylique
Don Gilbert Monin, 2006

Vers le nom, 1963. Huile sur toile
Legs André Dubois, 2005

Aveugle, étoile morte, 1966. Huile sur toile
Dépôt du Fonds national d’art contemporain. 1970

Les Convives, 1974. Huile sur toile
Don Jean-Paul Jungo, 2008

Naturam natura docet, debellet ut ignem, 1985. Huile sur toile
Don Jean-Paul Jungo, 2008

Florizel et Perdita, 1988. Acrylique et huile sur toile
Don Jean-Paul Jungo, 2008

Haut le corps, Acrylique et huile sur toile.
Don Jean-Paul Jungo, 2008

Vaterland, 1967. Huile sur toile
Don Françoise Dupuy-Michaud, 2008

Peintre, dessinateur et graveur, l’artiste compose de grandes scènes où se côtoient et s’enchevêtrent des formes organiques jusqu’à l’informe. Il invente et explore, conjuguant la netteté de détails jusqu’au microscopique, à la globalité de compositions complexes, en mouvement.

Plus peut-être qu’au surréalisme, l’œuvre de Schœndorff fait écho au romantisme et à ses problématiques de la vision parcellaire et d’une absorption critique et totale du spectateur. Cette tension entre regard fragmentaire et vision englobante rappelle celle que l’on peut ressentir face à l’écran de projection cinématographique.

À son activité de peintre, Max Schœndorff ajoute un engagement fort pour la diffusion de la peinture et des arts plastiques. À ce titre, il a joué un grand rôle dans la création en 1983 de la Maison des arts plastiques de Rhône-Alpes (M.A.P.R.A.). Il est surtout fondateur en 1978 à Lyon, puis en 1986 à Villeurbanne, de l’Union régionale pour le développement de la lithographie d’art (U.R.D.L.A.), aujourd’hui Centre international estampe & livre.

Max Schœndorff vivait à Lyon où il poursuivait sa recherche artistique et ses engagements militants.

Cet accrochage fit écho à l’exposition de l’œuvre gravé de Max Schœndorff Est-ce temps ? présentée à l’URDLA du 5 mars au 29 avril 2011.

Schoendorff
Max Schoendorff,
Les Convives, 1974.
Image © Lyon MBA - Photo Alain Basset

 


 

Feu de crampes, 21.IV.2008. Pastel gras
Promesse de don

Flamenco, 22.IV.2008. Pastel gras
Promesse de don

Contrepoing, 20.IV.2008. Pastel gras
Promesse de don

L’Embaumeur, 17.VIII.2010. Ces lavis…  (série). Lavis
Collection particulière

Lagune, 20.VIII.2010. Ces lavis…  (série). Lavis
Collection particulière

L’Ombre & son voyageur, 16.X.2010. Ces lavis…  (série). Lavis.
Collection particulière

La Barranca, 18.X.2010. Ces lavis…  (série). Lavis
Collection particulière

Chasté, 9.IX.2010. Ces lavis…  (série). Lavis
Collection particulière

La Chute du jour, 8.XII.2010. Ces lavis…  (série). Lavis
Collection particulière

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